L’Océan Atlantique : traversée en 13j. et 4h.

13 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 13. Dernier jour

Position à 20h30 UTC : 15° 51N 61°16.5W

Nombre de milles parcourus au total : 2132 / Durée de la traversée : 13 jours et 4h

19h30h UTC. Gros grains en vue avec pluie garantie : on la voit d’abattre en épais filets devant nous, tombant en diagonal ce qui indique un vent fort.

On range vite le linge qui séchait sur les filières, les matelas, on roule de code zéro et on met deux ris dans la grand’voile : notre vitesse tombe et c’est le signe que la journée à la voile est finie. On va se trainer au moteur en se faisant rincer à grande eau. Ca y est, la messe est dite : nous n’arriverons pas demain avant 16h30 (l’heure de notre départ de Mindelo). Notre logiciel de navigation nous indique une arrivée au Sud de l’île de Marie-Galante (Guadeloupe) demain soir. Donc ce sera une traversée en 13 jours et X heures… Sacré vent *#.ô.§\..* !!!

20h UTC. (16h locale, je précise ça pour que les mamies qui vont lire ce qui suit ne s’imaginent pas que nous sommes dans la nuit noire du soir). Nous profitons d’un grain avec une pluie magistrale pour mettre Loïg et Eliot dehors à poil pour une douche gratuite à volonté. L’eau est bonne, ils s’en donnent à cœur joie. Les vagues sont grises argentées tout au tour de nous, les enfants dansent sous la pluie, nous les regardons abrités derrière la baie vitrée du carré bien au sec (privilège des parents, hé hé).

0h00 UTC. (20h heure locale) Au menu du dîner de ce soir : poulet basquaise avec un gratin dauphinois (si !). Dessert : les dernières bananes de notre régime emporté du Cap Vert. Nous avions emmené à bord un régime plein de bananes vertes ; attaché sur le pont nous l’avons laissé murir au soleil. Les bananes sont parfaites depuis une semaine maintenant, tout le monde se régale.

4h. UTC. Eole semble s’intéresser un peu à nous cette nuit. Un 12-15nds nous pousse agréablement dans le dos, je coupe le moteur et j’établi les voile pour laisser ESSENTIEL glisser dans la nuit. Je déguste ce moment exceptionnel sous une pleine lune, sentir la houle nous porter, écouter le bruit de l’eau qui glisse sur la coque… je repousse d’une heure la fin de mon quart de nuit pour en profiter pleinement avant d’aller me coucher.

10h. UTC. Vent faible, le code zéro est en place mais on appuie au moteur. Rien à signaler donc je me prépare un petit déjeuner, la Seconde dort, les moussaillons lisent dans leur lit, Jean-Louis scrute la mer. Aucun bateau à l’horizon, mais nous sommes à 67 milles nautiques de l’arrivée, il faudra attendre un peu pour découvrir que nous ne sommes pas seuls sur mer.

12h UTC. Pour relancer le bateau, Jean-Louis joue au « +10 -10 » avec le pilote. Le code zéro en place, il faut lui faire ‘fabriquer du vent apparent’, lorsque le bateau perd en vitesse (refusantes, déventes des vagues…) il faut abattre de 10°, le laisser repartir, puis lofer de 10°. Le code zéro prend le relai, ça marche bien !

14h UTC. Il fait chaud, très chaud. 32° à l’intérieur du bateau et l’eau est à 29,5°… Les enfants coupent leurs séances de CNED par des séances de baignade à l’arrière du bateau. Sans arrêter le bateau, assis sur la jupe ils laissent trainer leurs jambes dans l’eau qui file sous eux. Ils sont retenus par un bout (cordage) fixé de part et d’autre par deux nœuds de chaise, une ceinture de sécurité en quelque sorte pour éviter de tomber à l’eau car ESSENTIEL file à 6nds malgré le manque de vent. Du coup la Seconde s’y met, avec appréhension au regard des 2000m de fond (qu’elle ne voit pas) et des milliers de requins qui nagent sous la coque (qu’elle imagine), et elle adore ça !

15h30 UTC. L’ile Marie-Galante est en vue ! C’est notre waypoint final (point de route). Il reste 25 milles nautique avant d’atteindre la Pointe des Basses à son extrémité Sud. ça sent le rhum crie Jean-Louis !

13h30 UTC. Il fait chauuuuuuuud. Le vent est tombé complètement. Tout le monde fait la sieste. ESSENTIEL est à 15 milles nautiques de son waypoint, et l’ ETA (Estimated Time of Arrival) est dans trois heures.

19h30 UTC. A cinq milles nautiques de l’arrivée, ENFIN DES DAUPHINS ! Ils sont nombreux et nous accueillent joyeusement en sautant hors de l’eau, des sauts incroyables juste en face de l’étrave. Ils s’amusent c’est certain, pour notre plus grand plaisir.

20h30 UTC. On a atteint la Guadeloupe en 13 jours et 4 heures. A nous les ti-punch !

Joyeuses fêtes de Noël à tous.

Le mot de La Seconde :

20h20 heure locale. Ca y est dernière soirée avant notre arrivée : l’excitation est à son comble, température ambiante 29° et mer 28°, je dois admettre que c’est, comment dire, un pur délice pour un 12 décembre…

Bon d’accord, on n’a pas battu le record d’ESSENTIEL mais l’homme est faible face à l’adversité météorologique. Depuis quelques jours, le temps ne cesse de nous jouer des tours, du vent, puis plus de vent, puis gros grain, puis soleil, puis pétole : bref on y perd notre latin !!! Peu importe on ARRIVE et ça c’est TOP !

 A nous tous les plaisirs retrouvés des baignades (13 jours sans, c’est trop dur), du sable chaud, mais surtout plus d’acrobatie pour prendre notre douche, faire la vaisselle, faire la cuisine et j’en passe : je me demande si le mal de terre est proportionnel au nombre de jours passés en mer… Mais surtout j’attends avec une impatience non dissimulée notre première vision de la terre.

Les moussaillons réalisent petit à petit que notre traversée se termine et finissent en hâte les cadeaux de Noël qu’ils nous confectionnent depuis deux semaines, c’est drôle car ils ont reproduit notre maison en carton en 3D au détail près, on s’y croirait, eh oui nostalgie quand tu nous tiens !

11h15 heure locale. Nostalgie définitivement oubliée, on trépigne d’impatience et guettons l’horizon avec fébrilité mais toujours rien… Une petite baignade improvisée nous a fait beaucoup de bien, il fait très chaud à bord et voir toute cette étendue d’eau sans pouvoir y gouter devenait un supplice : quel bonheur d’y tremper les jambes tout en occultant volontairement les fonds certainement très poissonneux…

Oups ! petite interruption de mes écrits : tout le monde crie : Terre Terre !!! Marie Galante pointe son nez, très discrètement pour l’instant mais nous y serons d’après Max Sea à 16h.

15h50 : L’île de Marie Galante s’offre à nous, une île très ronde et qui semble très verdoyante, le spectacle des dauphins (que nous n’avions pas vus depuis bien longtemps) jouant avec les étraves est magnifique, avec en bonus, un saut périlleux rien que pour nous, au grand plaisir des moussaillons qui ont de plus trouvé là une excellente raison de s’extirper de leur évaluation d’Histoire Géo !!!

Une traversée qui prend fin en beauté : « la température extérieure est de 32°, le sondeur indique la mer à 29°, Mesdames et Messieurs vous êtes arrivés en Guadeloupe » !

 

12 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 12

Position à 16h30 UTC : 15° 56N 58°33W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1981 / Nombre de milles restant à parcourir : 167

16h30 UTC. Et voilà, nous sommes entrés dans les dernières quarante-huit heures. Demain sera la dernière journée de navigation. Nous devrions arriver aux Saintes (îles au Sud de la Guadeloupe) mardi dans la matinée. Enfin si Eole nous nous fait pas encore des siennes… car nous sommes à nouveau dans un calme pétolien !! Ce matin pourtant nous avions pu mettre les voiles et filer à plus de 9-10nds. C’était le bonheur.

18h30 UTC. Nous avons croisé un CARGO ! La première vision de l’espèce humaine depuis plus de dix jours (certes pas la plus jolie, mais quelque part ça fait du bien).

20h29 UTC. La Seconde a décidé de jouer les intégristes du CNED aujourd’hui. Elle attaque la quatrième heure de français avec les enfants. Un peu excessive dans ses exigences scolaires, je lui suggère de faire une pause, voir d’arrêter car il est tout de même 16h30 et on est un dimanche… Heureusement les enfants tiennent bon et composent avec elle leur énième fable avec rimes en hexasyllabes et alexandrins.

1h UTC. Pluie, grain, pluie, grain, un peu de voile, moteur… la dernière ligne droite n’est pas facile. Le manque de vent fait claquer les voiles, on appuie au moteur, on affale la grand’voile sous une bonne pluie épaisse qui démarre à l’instant où je mets les pieds sur le pont et qui cesse quand je redescends dans le carré…

Il y a les grains sans vent, sombres et lourds, on passe dedans et la vitesse chute à moins de 4nds. On laisse les voiles et on met le moteur pour appuyer. Ennuyeux.

Il y a les grains avec du vent, beaucoup de vent. On passe soudain à un Force 6 et là il y a intérêt d’être réactif, il faut vite réduire. Ces grains sont soudains, souvent accompagnés de pluies violentes, pas de visibilité. Le bateau est rincé (l’équipage aussi si l’on a oublié de prendre des ris).

Au moment même où j’écris ces lignes, nous traversons un violent grain avec forte pluie. Le vent est soudainement passé de 6nds à 35nds et le bateau qui avançait au moteur à un pénible 5,5nds se trouve soudain propulsé par un vent arrière à la vitesse de 7nds sans rien faire. Des trombes d’eau s’abattent sur ESSENTIEL. Je sors pour jeter un œil et mettre un bout de Solent (foc de petite taille) afin de profiter de ce coup de vent et gagner en vitesse, mais des éclairs frappent sur bâbord et me font vite rentrer à l’abri. A propos, qu’est-ce qui attire la foudre sur l’eau ? Sommes-nous réellement à l’abri lorsque celle-ci s’abat sur un bateau ??? Bon, même si je ne suis pas superstitieux, je préfère ne pas y penser. J’ai faim, et je vais manger un bout de terrine d’animal aux grandes oreilles.

11h UTC. Il fait beau ce matin et ESSENTIEL file sous code zéro à 8nds, comme hier matin. POURVU que le vent ne baisse pas, comme hier.

16h UTC. Les stocks de nourriture baissent. Les frigos sont presque vides. Il existe une loi physique étonnante sur ESSENTIEL : le liquide part plus vite que le solide, surtout lorsqu’il est jaune avec des glaçons, ou ambré avec des bulles…

Liste des aliments classés par leur caractère éphémère : le Pastis (s’évapore très vite), la bière, le rosé, le vin rouge, le camembert, le pain frais, le chocolat, les légumes, les fruits, le lard, les pates, le riz, les petits pois en boite (record de longévité).

Le mot de La Seconde :

Il est 3h50 heure locale, et 5 heures de plus en France, nous sommes cette fois très proches du but : le GPS n’affiche plus que 233 Milles, à peine un aller retour en Corse depuis le continent… Le ciel est somptueux et la pleine lune éclaire notre parcours, rien à signaler à l’horizon. Nous sommes toujours au moteur, pas un brin d’air et il fait 29° !

Notre aventure se terminera dans moins de 48h, je n’en reviens pas : nous aurons navigué 2 150 milles nautiques (presque 4 000km),  de quoi donner le vertige… C’est une belle expérience. Bien qu’heureuse que notre traversée touche à sa fin je sais d’avance que je garderai en mémoire ces (presque) deux semaines de navigation, avec ces moments de bonheur, de découverte, de partage, mais aussi ces difficultés. Tout à l’image du CNED, de longs moments passés avec les enfants à les déguster des yeux et à leurs enseigner le monde, mais aussi des moments difficiles car contraignant. Au final, je serai resterai certainement nostalgique de ces moments passés en plein milieu de l’océan…

 

11 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 11

Position à 16h30 UTC : 16°N 56°07W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1833 / Nombre de milles restant à parcourir : 315

17h UTC. Nous traversons plusieurs grains, du gris partout et de la pluie. La Normandie en pleine Atlantique.

17h35 UTC. Incroyable, nous venons de recevoir un Mayday (appel de détresse) sur le canal 16 de la VHF ! « Ceci est un appel de détresse, Mayday, quelqu’un me reçoit-il ? ». Pas plus d’information. Je réponds en demandant à l’inconnu de s’identifier car un appel de détresse doit toujours comporter une identification, une localisation, et une cause. Mais personne ne me répond. Au bout de plusieurs tentatives je laisse tomber. Nous recevrons à nouveau trois autres de ses appels durant la soirée mais il semble ne pas nous entendre.

Pourtant, sur la VHF nous avons ses coordonnées géographiques. Il est à 9 milles nautiques (autrement dit très près de nous !) et par extrapolation j’estime que sa route devrait croiser la notre demain matin tôt.

23h UTC. Il pleut des trombes d’eau, nous traversons un épais grain. Tout au tour de nous d’autres grains qu’on aperçoit au radar tant la pluie est dense. On avance toujours au moteur, nous sommes toujours les chanceux des 1% de pétole !

1h52 UTC. Nouvel appel de détresse sur le canal 16. Je fais mes calculs par rapport à ses deux dernières positions, il lui reste 43,3MN à parcourir avant de croiser notre route, soit 4h55. Sa route devrait croiser la notre demain matin à 6h47 UTC, nous devrions donc l’avoir en visuel. Ce sera pendant le quart de Jean-Louis.

10h UTC. Pas de nouvelle du bateau en détresse. Sa dernière position enregistrée sur la VHF le donne 25MN derrière nous (4h derrière). On apprend qu’un cargo espagnol, Bilbao Knucent, s’est dérouté et arrive sur place.

11h20 UTC. Le cargo retrouve enfin le voilier en détresse, un petit voilier du nom de Romarici qui ne peut plus établir ses voiles pour cause d’avarie dans le mât, et fait route au moteur sur Pointe-à-Pitre. L’équipage est bientôt à cours de carburant et commence à manquer d’eau.

12h UTC. Un petit point sur les conditions de navigation : aujourd’hui il fait grand beau, les grains ont disparu et la mer est belle. Nous voguons sous grand’voile et code zéro à 8nds de moyenne, le rêve. Toutefois le vent souffle Sud-Est ce qui est une particularité car habituellement les vents sont d’Est, Nord-Est.

15h UTC. Au menu de ce déjeuner, le Chef-Cap’tain propose : calamars revenus à l’ail, oignons cuits à l’huile d’olive, tomates pelées en sauce, mélangez le tout et servez sur un riz ‘aldente’ parfumé à l’ail et au persil, accompagnez avec un rosé Corse servi glacé… La Seconde est HEU-REU-SE ! (Le reste de l’équipage aussi).

Le mot de La Seconde :

1h25 ! j’attaque mon quart, le réveil fut difficile ce matin, le Cap’tain m’a réveillé en plein rêve et a eu un peu de mal à m’extirper de mon lit…

Après les recommandations d’usage, me voilà tout à ma surveillance mais tout est calme : pleine lune, ciel étoilé, mer d’huile, qui pourrait croire qu’on a essuyé de gros grains quelques heures auparavant.

Mes pensées vont toujours au bateau qui a envoyé plusieurs Mayday, pourquoi ne nous capte-t-il pas lorsqu’on lui répond ? Sa radio est-elle en panne ? A la fin de mon quart nous devrions croiser sa route, nous ferons une nouvelle tentative à ce moment là…

Plus que 395 milles, je ne réalise pas qu’on est si proche du but, Jean-Louis nous a vanté la beauté des Saintes, véritable petit paradis à quelques milles de la Guadeloupe et notre première étape aux Antilles, les guides la décrivent comme un véritable joyau ! Notre première activité dès notre arrivée, outre un bon plongeon, sera d’aller y faire un peu d’avitaillement car les menus sont de plus en plus répétitifs et nous commençons à manquer d’idées concernant nos menus. Il y a parait-il de nombreux marchés de fruits et légumes et quelques petits supermarchés, le Cap’tain fantasme sur un bon camembert normand avec du pain frais et moi sur des fruits frais qui ne soient plus des bananes (bien que no bananes vertes arborent enfin une belle teinte jaune et sont maintenant succulentes).

 

10 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 10

Position à 16h30 UTC : 16°04N 53°34W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1685 / Nombre de milles restant à parcourir : 463

17h30 UTC. Le vent souffle maintenant en provenance de la Guadeloupe. Merci Eole de t’être réveillée, mais dans le mauvais sans ! Wrong way !

19h UTC. On avance à 4nds au moteur et contre le vent. Ca ne va plus. C’est un manque de chance incroyable car les Pilot Charts (statistiques des vents) donnent à cet endroit moins de 1% de vent d’Ouest… Damned !!!

Pour quelle stratégie opter ? Celle plus au Nord qui nous fait rattraper des vents plus forts mais qui nous décale de +40° ? Ou celle du Sud qui nous envoie vers des vents plus mous mais qui nous décale un peu moins à -30° ? On regarde l’horizon, il y a un gros grain droit devant, celui-là c’est certain on va l’éviter. A droite, à gauche, on cherche un signe, un panneau « c’est par ici la sortie » ? Exit !

20h UTC. Nous optons finalement pour le Nord espérant que les vents plus forts enverront les coins de pétole se balader plus au Sud. Et puis plus de vent c’est toujours bon à prendre nous faire rattraper notre retard. SAUF qu’une heure plus tard, on se trouve face à un front de nuages, du même type que celui qui nous a bien rincé hier… Une armée se dresse devant nous. Run Forrest, Run !

21h UTC. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, barre à bâbord. Ainsi nous longeons la barre nuageuse sans l’affronter et en profitant de son vent. Pas mal, le cap est même meilleur ! Hit the road !

2h UTC. 1620 milles nautiques parcourus : nous avons fait les trois quarts de notre route ! Cool !

10h UTC. Ce matin au réveil nous avons eu le droit à un magnifique arc-en-ciel. Une palette de violet, bleu, vert, jaune, orange, rouge pour le petit déjeuner, avec un paysage de ciel bleu et de nuages de toutes formes. Nous prenons notre petit déjeuner devant ce spectacle. Incredible !

11h UTC. Devoirs de maths ce matin (non ils n’ont pas fait la grass’mat, il est 8h heure locale). Loïg et Eliot révisent pour leur prochain devoir à rendre pour le CNED. Au programme le calcul littéral, distributivité, factorisation et développement… Easy !

14h UTC. On termine cette journée au moteur… 1% de pétole dans ce coin et nous sommes en plein dedans………………….. God save ESSENTIEL !

Le mot de La Seconde :

Aujourd’hui tout va bien, plus de soucis gastriques, et le forme revient au fur et à mesure qu’on avance ; le temps est très agréable (surtout pour moi), beau, chaud et toutes les heures un petit grain pour nous rafraichir : que demander de plus ! Seuls le Cap’tain se morfond car le vent est tombé et on a du mettre le moteur à nouveau, notre belle moyenne qui nous faisait arriver après 12 jours de traversée ne nous prévoit maintenant pas d’arrivée avant mardi.

Le Cap’tain et Jean-Louis passent leur temps à chercher des tactiques pour aller chercher ce foutu vent qui nous manque, on change donc de cap, il y a une heure on faisait cap vers le Brésil, puis changement d’avis et maintenant cap vers New York ! En ce qui me concerne du moment qu’on avance et qu’on arrive en Guadeloupe mardi, tout va bien !

 

9 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 9

Position à 16h30 UTC : 16°13N 51°36W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1563 / Nombre de milles restant à parcourir : 577

19h UTC. RAS ! Une journée tranquille, avec des enfants sages, un Cap’tain au repos, Jean-Louis en hypnose face à la mer, la Seconde malheureusement travaillée par son mal de ventre donc au repos aussi, une mer bleue, un vent régulier, un soleil omniprésent… et ESSENTIEL qui avale les milles à nous étourdir la tête. Que demander de plus ?

Nous prions toute fois pour que la météo que nous prenons tous les jours nous offre un couloir à travers les prévisions qui s’annoncent devant nous : des flèches à droite, des flèches à gauche, des flèches de face, des ronds (pétole) au milieu… où allons-nous passer pour atteindre la Guadeloupe ? Dans l’incertitude, nous coupons au plus court : droit devant !

21h UTC. Le vent a baissé, nous peinons à avancer à plus de 5nds… et oui, incroyable non ? On avait oublié qu’on pouvait se trainer avec ESSENTIEL.

22h Utc. On se traine… mais on reste à la voile, toujours pas de moteur.

22h40 UTC. Juste derrière nous, dans le noir de la nuit un gros cumuls gris nous rattrape. Il est bâbord arrière et son plafond est très sombre et très bas. Que nous amène-t-il ? Ces gros nuages épais, c’est comme un gros cadeau. Il y a toujours une surprise dedans.

23h UTC. Gros grain droit sur nous ! Le vent s’accélère brutalement, j’affale la grand’voile avec difficulté sous une pluie battante, que dis-je sous des trombes d’eau. Il pleut tellement que des torrents se déversent des deux poches du lazybag directement sur moi alors que j’essaye de fixer le point de drisse. Je reviens trempé dans le cockpit, trempé mais heureux car il faisait chaud. Le vent monte et on enregistre des pointes à plus de 40nds. On avance prudemment avec le Solent bien enroulé, tentant de nous extraire de ce grain, mais c’est par où la sortie ?

2h30 UTC. On est sorti du grain. Le ciel reste sombre et pommelé, menaçant. Droit devant, un autre grain ! Très denses ces masses nuageuses sont faciles à repérer dans la nuit éclairée par la pleine lune. Je file droit dedans (c’est notre route) pour redonner une petite douche à ESSENTIEL qui en avait bien besoin depuis Dakar…

10h UTC. Le bateau a bien été rincé cette nuit. Lorsque Jean-Louis remonte la grand’voile, des litres d’eau accumulés dans les plis lui tombent à ses pieds. Le moteur de la nuit est coupé.

Le soleil se lève, des groupes de nuages un peu au tour de nous rappellent que les grains sont proches, mais il fait beau. ESSENTIEL a ses voiles et avance au près à 5nds, tranquillement.

12h UTC. Pétole !!! Le vent est tombé, et plus frustrant encore, on en a un peu droit dans le nez… Donc nous avançons au moteur. D’après les GRIB ça devrait durer jusqu’à demain. Notre excellente moyenne est cassée, il faut savoir prendre son mal en patience. « Ô Dieu Eole… »

12h30 UTC. Il faut trouver à s’occuper. La mer s’est calmée alors je décide de grimper en haut du mât. 18m50 ! C’est haut, surtout lorsqu’on y est et qu’on regarde en bas. Jean-Louis m’assure et me monte au guindeau (moteur qui remonte l’ancre et sa chaîne). J’ai avec moi les outils qui vont me permettre de donner quelques tours aux ridoirs du haut pour retendre les haubans. Assis sur ma chaise de mât, je tente quand même de m’accrocher où je peux pour me hisser à la force des bras (Tabarly doit bien rigoler s’il me voit). L’ascension se passe bien, même si le passage des barres de flèche est un peu acrobatique.

La mer s’est calmée, mais bon sang que ça bouge ! Je sans le mal de mer venir, il faut que je me dépêche. Coincer mon pied ici, appuyer mon dos là, m’accrocher au hauban, il me reste une seule main pour tourner le ridoir, ça ne va pas… La voile bat et donne des coups de bélier sur le mât qui me les retransmet directement dans le dos et les genoux (ça fait mal). Il faut que je me stabilise. Je regarde en bas, pourvu que je ne laisse pas tomber une clé !! J’intime l’ordre aux enfants de déguerpir d’en dessous.

Finalement une demi-heure plus tard le tout est retendu et j’espère que le ‘guignol’ (tête de mât) n’aura pas à me faire faire à nouveau le guignol en haut du mât.

Le mot de La Seconde :

Bon , une journée un peu difficile, estomac  de nouveau malmené par la houle mais ce soir la mer s’est calmée à mon grand soulagement. Malheureusement : moins de vent = moins de houle = estomac remis d’aplomb MAIS l’allure est ralentie. Le Cap’tain n’aime pas ça, mais voilà de quoi tout à coup nous changer les idées : un grain ; le premier depuis notre départ ! Et quel grain : il pleut des trombes d’eau et on enregistre une pointe à 42,8 nœuds !!!

Il est 2h du matin et je reprends mon quart de nuit, la mer est lisse et pour la première fois depuis notre départ nous naviguons au moteur. Il fait une chaleur moite 28° et je surveille le ciel morcelé de nuages au cas où un grain nous tomberait de nouveau dessus… Il nous reste encore 637 milles et si Eole ne se réveille pas il nous faudra patienter un jour de plus avant notre premier ti’punch ! Cela dit personne ne nous attend et nous avons tout notre temps… Le côté positif est que nous aurons fini la quatrième séquence du CNED et moussaillons et prof pourront s’octroyer un bon break à Noël !

 

8 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 8

Position à 16h30 UTC : 16°25N 49°20W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1431 / Nombre de milles restant à parcourir : 705

18h30 UTC. Eh voilà, la malchance du spi encore frappé. Après tous les déboires énumérés précédemment, il ne me restait que l’accroc et la déchirure… Alors aujourd’hui à ajouter à mon palmarès : l’accroc ! Un joli petit carré de 5x5cm en haut de la voile qui nous oblige à la rentrer définitivement dans son sac en attendant une prochaine réparation.

23h UTC. Ce soir au dîner : dorade coryphène et pomme de terre sautées, un régal. Si seulement ces poissons pouvaient se suicider au bout de notre ligne plus souvent ! Car la dorade est un poisson con, ou bien très vorace, mais alors il est aussi myope. Car quelque soit le leurre, quelle que soit sa couleur, on remonte une dorade coryphène. Les autres poissons comme les thons, marlins et autres thazars sont beaucoup plus prudents et c’est un luxe de pouvoir en remonter un à bord d’ESSENTIEL.

2h00 UTC. Le vent vire secteur Sud, comme le prévoyaient les GRIB (fichiers météo). Je garde un ris dans la grand’voile et enroule un peu le Solent pour le reste de la nuit. ESSENTIEL poursuit sa route à 7-8nds. Pourvu que ça dure !

8h UTC. Sur la surface de l’eau flottent à nouveau ces algues que nous avons déjà croisé sur notre parcours depuis Dakar, donc sur une latitude constante de 13 à 17°N. Ce sont des grappes d’algues jaunes, plutôt épaisses qui flottent à la surface, pas trop denses (quelques cm2), réparties de manière éparse, mais on en trouve régulièrement un peu partout. Plus rarement on les retrouve en nappes, regroupées sur un ou deux mètres carrés.

A quoi sont dues ces algues ? Près de la côte nous pouvions penser qu’il s’agissait d’une prolifération liée à la pollution, mais maintenant nous sommes en plein milieu de l’Atlantique donc ça ne peut pas être le cas. Ces algues sont plutôt dues à la chaleur de l’eau qui avoisine ce matin les 27°. Est-ce un effet du réchauffement climatique ou bien trouve-t-on ces algues tout le temps à cette période de l’année ? J’espère qu’un jour quelqu’un pourra m’apporter le réponse.

10h30 UTC. Comme le vent est passé Sud nous pouvons envoyer le Code Zéro, la voile magique qui crée du vent ! Le vent apparent passe de 10 à 13-14nds, nous gagnons en vitesse. C’est le bonheur de filer ainsi…

13h UTC. Il fait chaud, de plus en plus chaud. Le thermomètre affiche 31° dans le bateau. Le soleil brille, ça sent les Antilles ! Et quel temps fait-il en France ?

16h30 UTC. Nous avons fait les deux tiers de notre route !

La Seconde souffre d’un « mal de ventre » depuis hier… Reflux ? Ulcère à l’estomac ? Pour le moment ça en a tous les symptômes, ça lui rend les journées un peu difficiles la pauvre. Pour le moment il faut tenir avec le Gaviscon du bord. A suivre.

Le mot de La Seconde :

Dans 20 milles nautiques nous aurons parcouru les deux tiers de notre route ! Eole est toujours avec nous mais les fichiers GRIB nous prévoient pétole dans 200 milles, cela dit étant donné le nombre de fois où les prévisions étaient fausses, on peut espérer que ce soit le cas et cette fois ci en notre faveur !

La température a encore monté : 31°, j’imagine que pour nos copains de « terre », ça doit sembler irréel un 8 décembre… Je commence à avoir des fourmis dans les jambes, l’espace me semble de plus en plus restreint, mais patience je pourrai me défouler dès notre arrivée !

Je dirais que depuis que nous avons parcouru la moitié du chemin la traversée me semble plus facile car chaque mille nautique, au lieu de nous éloigner de la côte comme c’était le cas au début nous nous en rapprochons maintenant, bref c’est la dernière ligne droite : ouf !

 

7 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 7

Position à 16h30 UTC : 16°34N 46°25W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1261 / Nombre de milles restant à parcourir : 875

17h20 UTC. Il y a des longueurs dans une traversée, des moments répétitifs sans nouveauté, sans surprise. Remarque on devrait savoir se contenter d’avancer à 7nds même si le vent baisse un peu, car les surprises sur un bateau…

Au menu des voiles, nous avons établi le fameux code zéro, cette voile magique à mi-chemin entre le gennaker et le spi est capable selon Jean-Louis de « fabriquer du vent ». C’est une voile de petit temps qui en lofant un peu fait augmenter le vent apparent. Une merveille, et un plaisir car très facile à établir et à utiliser. Du coup on progresse un peu plus vite même si le vent a baissé, on peaufine les réglages, la vie reprend sur ESSENTIEL !

20h UTC. Il parait qu’Eric Tabarly montait tous les matins dans son mât à la force de ses bras pour entretenir sa forme… Je ne suis pas Tabarly !! Pour casser la monotonie j’entreprends de monter en haut du mât pour tendre les fameux ridoirs du haut qui nous contraignent à garder un ris dans la grand’voile. Enfin on va rire un peu s’exclament les moussaillons (privés de dessert ce soir !) La Seconde s’arme de l’appareil photo (pour video gag ?), et je m’attelle à la chaise de mât. Je monte, Jean-Louis reprend, et très vite j’atteins les limites de l’adhérence : mes mains n’accrochent pas les ridoirs du bas, impossible de me hisser à la force des bras. Pas de photo, les moussaillons rient (tant pis pour eux, j’aurai plus de dessert ce soir !) Nous retenterons l’opération un autre jour lorsqu’il y aura moins de vagues et surtout aidés du guindeau.

0h UTC. Je commence mon quart, aucun bateau à l’horizon, juste de l’eau, de l’eau, de l’eau à perte de vue. La lune pleine aux trois quarts éclaire le chemin d’ESSENTIEL qui file plein vent arrière à 7nds, les voiles établies en ciseaux. C’est tout simplement beau…

10h UTC. Nous avons passé la longitude 45° ce matin, nous sommes donc passés en UTC-3h (trois heures de moins que sur le méridien zéro, 4 heures de moins qu’en France). Il est donc 7h sur ESSENTIEL, 10h à Greenwich et 11h à Lyon.

12h UTC. Le vent a baissé, il a perdu 5nds. Les GRIB (fichiers météo) n’annoncent pas que du beau pour les jours à venir malheureusement. Une dépression au Nord des Antilles va perturber les tranquilles Alizés. Les vents vont baisser d’intensité, tourner, puis se retrouver face à nous si l’on prend la route Nord ou pétole (pas de vent) su l’on prend la route Sud… On verra bien, en attendant on optimise pour aller au plus court le plus vite possible.

16h UTC. Envoi du spi réussi, aidé de Jean-Louis je progresse, presque pas d’erreur dans la manœuvre. Il faut l’envoyer plus souvent ! ESSENTIEL gagne 2nds.

Le mot de La Seconde :

Ca y est on encore reculé d’une heure, une heure de plus à rajouter cette longue traversée… La bonne nouvelle c’est qu’il ne reste plus que 900 milles, grosso modo la même traversée qu’on a fait entre les Canaries et le Sénégal. J’ai donc dépassé mon seuil de tolérance de nombre de jours sans voir la terre ! Comme quoi on s’adapte finalement assez bien à toute situation… (J’avais assez peur au début de l’agoraphobie).

Depuis ce matin la houle s’est formée et j’ai l’impression de vivre dans une machine à laver…  J’imagine alors le bonheur que ce sera lorsque je mettrai le premier pied à terre ! Oui je sais certains me diront mais : « profite Béa de cette aventure, il ne reste PLUS que quelques jours… » mais je vous assure que je profite au max car je sais que je ne vivrais ça qu’une fois dans ma vie… Dire que certains remettent ça une, deux, trois voir comme pour Jean-louis, cinq fois !

Nos copains de « SLOW MOTION » sont déjà en Guadeloupe depuis 10 jours et nous ont déjà envoyé par mail quelques beaux petits mouillages, dont deux aux Saintes, ça tombe bien puisque c’est sur cette île que nous accosterons en premier. Nous les retrouverons le 17 décembre en Guadeloupe.

Aujourd’hui notre objectif est d’avancer au maximum le CNED : toutes les matières vont y passer : la prof souhaite absolument, une fois arrivée en Guadeloupe, utiliser ses journées à d’autres fins utiles !

 

6 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 6

Position à 16h30 UTC: 16°50N 43°23W

Nombre de milles parcourus depuis le départ: 1085 / Nombre de milles restant à parcourir : 1051

17h UTC. C’est une fin de journée calme, nous filons à plus de 7nds malgré le ris pris en précaution en attendant que je monte en haut du mât pour retendre les ridoirs. Mais pour le moment les vagues sont trop importantes, je risque de me balancer là-haut comme un vulgaire sac. Ca attendra.

Une journée calme est une journée lecture. Béa avale ses livres, dans sa chambre, dans le carré, dans le cockpit, devant sur le trampoline ; ESSENTIEL est transformé en bibliothèque. Pour ma part je refais mes classiques, avec un côté souvenir-nostalgie. Les enfants dévorent eux aussi leurs Cherub, Artémis, et autres séries en plusieurs volumes. Mais le succès du jour est sans conteste le Vieil Homme et la Mer, d’Hemingway. J’ai prêté mon vieux livre de poche à Eliot et il adore !

18h30 UTC. Petit apéro au coucher du soleil, Vinho Verde du Cap Vert et tranches de jambon d’Espagne, un régal. Ca a du bon les vacances !

Milles parcourus : nous devrions passer la barre symbolique des 1 000 milles demain matin vers 8h.

ESSENTIEL file toujours à 7-8nds avec un ris dans la grand’voile, pourvu que ça continue comme ça toute la nuit !

9h UTC. Ca a continué comme ça toute la nuit ! Avec des pointes à plus de 11nds, nous avançons en toute stabilité à grande vitesse, comme sur un rail (non, ce n’est pas une pub pour le TGV !).

10h UTC. Activité de l’équipage sur le bateau :

–          La Seconde : schooling and teaching

–          Les enfants : CNED, CNED, CNED

–          Le Cap’tain : méditation transcendantale

–          Jean-Louis : contrôle du cap au millimètre

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14h20h UTC. 1 067MN parcourus, soit la moitié de notre route en exactement 5 jours, 21 heures et 50 minutes. Notre position : 16° 51,82N 43° 04,13W

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15h00 UTC. Au menu à déjeuner : calamars à l’italienne préparés par Jean-Louis. Rappelons que manger sur un bateau est sans doute l’activité principale (derrière le CNED et le réglage des voiles). Le petit-déjeuner, le déjeuner, l’apéro et le dîner sont donc des institutions. On souhaiterait que ça dure le plus longtemps possible, mais tout est souvent avalé le plus rapidement possible…

Le mot de La Seconde :

1h du mat et je prends la relève pour mon quart de nuit, tout le monde dort à bord pendant qu’ESSENTIEL vogue sur les flots toujours à belle allure. La mer est plus agitée que ces six premiers jours et cette houle me « tournicotte » un peu l’estomac, mais je n’aurais pas l’indécence de me plaindre, sur un catamaran il n’y a pas de roulis, il nous est toujours permis de lire, cuisiner, visionner un film, ou faire le CNED (à l’oral dans les cas les plus extrêmes !). Je lève mon chapeau à tous les puristes de la voile qui traversent sur un monocoque, et je me pose des centaines de fois la question « mais comment font-ils ? ».

C’est vrai que les règles esthétiques nous les font préférer à certaines « caravanes des mers » , mais les chantiers Outremer ont réussi à allier esthétique racée et performances, eh oui je plébiscite ce catamaran aux coques fines et profilées : lorsque ESSENTIEL est au mouillage à côté d’autres catamaran-caravanes, il faut avouer qu’il a de la gueule ! Certains ne manqueront pas de relever mon manque d’objectivité mais j’assume c’est dit l’Outremer 45 est l’un plus beaux et des plus rapides  catamarans.

Sinon toujours personne à l’horizon, apparemment il n’y a aucun trafic entre l’Afrique et l’Amérique, toutes les traversées se font bien évidemment de l’Europe, seule une poignée de mordus de la voile se permet la traversée en provenance de l’Afrique, et une poignée qui navigue dans le même sens dans l’océan finalement ça ne fait pas grand monde à croiser !

 

5 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 5

Position à 16h30 UTC: 16°39N 40°11.5W

Nombre de milles parcourus depuis le départ: 899

19h UTC. C’est le moment d’empanner, on remonte le chariot de la GV, on commence à border, et soudain, deux superbes dorades coryphènes s’accrochent en cœur à nos deux lignes ! Elles sont magnifiques avec leur peau faite d’or brillant, tachetée de points bleu azur. Mais elles devront attendre la fin de la manœuvre pour être remontées à bord.

21h UTC. Les coryphènes finiront dans trois bocaux de conserve, avec quelques feuilles de laurier, ça promet d’être excellent !

2h UTC. ESSENTIEL file à plus de 8nds. Le vent s’est levé, avec un constant 12-14 apparent. Je passe des heures dehors à voir les deux étraves glisser à grande vitesse dans la nuit. Au portant ce sont de véritables surfs sur les vagues. Les voiles établies en ciseaux selon les fins réglages de Jean-Louis (le premier propriétaire d’ESSENTIEL qui nous accompagne pour cette transat), le bateau est d’une étonnante stabilité. Il glisse sous la lune qui brille juste dans l’axe de notre cap, c’est hypnotisant. J’ai l’impression d’avaler ce paysage sans fin, de survoler cette étendue d’eau qui brille devant moi, dans le bruissement de la trainée que laisse ESSENTIEL derrière lui.

9h UTC. Toute la nuit a été comme ça : un long galop sur les vagues à 8-9nds de moyenne. Vitesse maximum enregistrée : 10,8nds, sans rien faire, les voiles sont bien établies et le pilote ne force pas. ESSENTIEL n’est ni ardent ni mou, il file tout droit sur sa route. Les alizés sont bien réguliers.

Alizés : formidable machine à vent à basse altitude, ces vents des régions intertropicales (entre 30° nord et 30° sud) soufflent longuement au-dessus de surfaces d’eau à température élevée et peuvent ainsi se régénérer en vapeur d’eau. En raison du frottement exercé par la surface de la mer, les alizés océaniques se caractérisent par une vitesse modérée et régulière, ils ainsi ont joué un rôle essentiel dans les découvertes de la navigation maritime à la Renaissance.

11h UTC. J’avais ramené de Mindelo une énorme mâchoire de requin arborant une triple rangée de dents acérées, très impressionnante. Au début elle trônait dans le carré, sous le nez de la Seconde qui n’appréciait que modérément, mais l’odeur nous a contraint de la déplacer à l’extérieur. Puis je l’ai accrochée sous la bôme. Ainsi suspendue elle se balançait au gré des vagues, sous le nez de Jean-Louis qui lui aussi n’appréciait que modérément : à chaque coup d’œil sur les voiles il percevait la menace des dents de la mer. Ce matin nous l’avons déplacée pour la troisième fois.  Elle a trouvé sa place suspendue à l’arrière du bateau entre les bossoirs, sous les panneaux solaires. Gare à ceux qui s’aviseraient de nous dépasser par l’arrière !

12h UTC. Mauvaise nouvelle, le guignol (tête du mât) penche sur le côté sous la tension de la grand‘voile. Il va falloir que je monte en tête du mât pour reprendre les ridoirs (câbles de tension). En attendant, pour soulager la tête de mât, nous avons pris un ris dans la GV ce qui nous ralentit forcément. Monter faire le singe en haut d’un mât de 18m ne me réjouit pas, surtout lorsque la mer est formée. Ca secoue là-haut !

Le mot de La Seconde :

900 milles nautiques de parcourus et cela en 5 jours ! Moi qui avant me faisait une montagne d’aller aux Baléares, ça me paraitrait une petite nav’ de plaisance maintenant… Mais bon il nous reste encore 1100 miles avant la cible, mais quelle récompense ! Notre programme est déjà établi : plongée à l’îlet Pigeon dans la réserve Cousteau, mouillage à l’îlet du Gosier, visite des Saintes, randonnées à Basse-Terre, découverte de tous les mouillages fabuleux qui sont nombreux en Guadeloupe, un vaste programme : tous les guides ont passés au crible !

Pour l’instant nous sommes au milieu de l’océan sur notre « double » coque de noix, n’en déplaise au Cap’tain, Essentiel me parait minuscule dans cette étendue d’eau bleu sombre, personne en vue ; j’ai une petite pensée pour nos amis de KERVAN et RÊVE D’ENFANT partis hier de Mindelo… Nos préoccupations du jour : essayer de faire mûrir notre régime de bananes qui, pour l’instant, restent désespérément vertes. Le Cap’tain leur a finalement trouvé une place accrochées à la jupe arrière avec trois bouts exposées au soleil ; ce serait un comble d’arriver en Guadeloupe avec des bananes qui n’auraient pas eu le temps de mûrir (ESSENTIEL va trop vite !). Bon pour l’instant la gestion du frais se passe bien, nous profitons toujours des bonnes tomates achetées au Cap Vert et le congélateur regorge de poissons. Entre ceux achetés au marché avant notre départ et ceux pêchés en route, on ne manquera pas de protéines.

Les moussaillons, fidèles à eux-mêmes, d’humeur joyeuse (sauf quand je me fâche pour le CNED !), dessinent beaucoup et préparent une surprise au Cap’tain pour son anniversaire le 4 janvier… à mon grand étonnement ils s’y prennent très tôt, mais ils me disent avoir peur de ne pas avoir le temps en Guadeloupe. En tous cas le Cap’tain va être gâté, entre poèmes louant tous ses talents (« le plus grand pêcheur et le plus grand des navigateurs »…), et portraits… je déguste, quel luxe de pouvoir être avec eux 24h sur 24, on ne loupe plus rien, ils sont vraiment mignons.

Quant à moi je lis à n’en plus pouvoir, à ce rythme je n’aurai plus rien à lire à l’arrivée, mais bon là-bas avec les activités balnéaires plus visites de l’île , je serai certainement moins assidue… et puis je trouverai bien un batôcopain pour échanger sur place !

Le Cap’tain fait sa sieste car il est un peu fatigué aujourd’hui, il faut dire qu’il a gentiment omis de me réveiller pour mon quart de nuit, car j’étais un peu mal en point hier… Mais tout est rentré dans l’ordre ! La pêche était tellement fructueuse hier qu’il a décidé de ne laisser plus qu’une canne à poste : il faudrait quand même pas exagérer !

 

4 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 4

Position à 16h30 UTC: 16°46N 37°12W

Nombre de milles parcourus depuis le départ: 725

20h UTC. Nous avons retiré le spi à la limite de la visibilité, petit cafouillage mais la manœuvre s’est bien déroulée. Comme tous les soirs on met un ris préventif dans la grand’voile, avec regret au début car le vent était plutôt faible, mais un peu plus tard le vent est monté jusqu’à 18-20nds, ouf on est plus tranquille ainsi.

21h UTC. Petit apéro en musique, nous buvons un Vinho Verde, petit vin blanc très légèrement pétillant du Cap Vert, bien frais c’est un régal. Une demi-lune recouverte de quelques nuages nous accompagne.

Une nuit sans rien à signaler. Pas de bateau en vue, pas de dauphin (d’ailleurs nous n’en avons pas encore aperçu depuis notre départ), pas de poissons volants sur le pont. Tout est calme. Le quart de nuit s’effectue dans les bras de Morphée, réveillé toutes les demi-heures par le minuteur de la table à carte, histoire de jeter un œil sur l’horizon, contrôler la force du vent et de vérifier les réglages.

9h00 UTC. J’attaque le CNED par la séquence 4 des maths. Au menu de ce matin : le calcul littéral. Il va falloir que je me replonge là dedans rapidement pour faire bon effet auprès de mes deux petites têtes blondes de 12 ans qui attendent tout de leur super professeur !

12h50 UTC. 700 milles nautiques parcourus ! Le trajet Mindello (Sao Vicente) / Les Saintes (Guadeloupe) fait précisément 2 118 milles nautiques. Nous avons donc parcouru un tiers de notre parcours.

Le vent a régulièrement baissé depuis cette nuit. Nous avançons au petit rythme de 5,5-6nds. Nous faisons route un tout petit plus au Sud en recherchant un peu plus de vent. Il fait très beau, la mer est calme.

Poisson pêché : un thazar de 80cm. Nous le dégusterons ce soir.

Le mot de La Seconde :

Ce dimanche 4 décembre je n’ai rien écrit. C’est dimanche!

R.A.S.

 

3 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 3

Position à 16h30 UTC: 16°53.7N 34°26W

Nombre de milles parcourus depuis le départ: 565

Nous avons franchi le 30e méridien Ouest. Nous avons décidé de retrancher une heure à chaque quinzaine de degrés franchis par rapport à Greenwich (360°/24h=15°). Donc maintenant il est pour nous deux heures de moins qu’à Greenwich, et trois heures de moins qu’à Paris. Lorsque nous serons à la longitude 45°W, il sera UTC-3. Lorsque nous serons 60°W, il sera UTC-4, etc…

18h UTC. Le temps se couvre ! C’est bientôt l’hivers me répond la Seconde. Oui mais il fait 26° dehors et nous sommes en short… (petite pensée pour vous au coin du feu en cette saison hivernale).

19h UTC. Une bande nuageuse s’est formée sur notre Nord, une imposante bordure ourlée de gris nettement dessinée. Elle semble vouloir nous rattraper. C’est un ‘grain’ ! La question est qu’est-ce qu’il y a dedans : à combien souffle le vent ? y-a-t-il de la pluie ? On verra bien.

22h UTC. ESSENTIEL avance à 7nds, le grain semble nous avoir épargné. Toutefois – comme chaque soir – nous avons mis un ris (réduction de voilure) préventif dans la Grand‘voile. ESSENTIEL est étonnant de stabilité lorsque le vent souffle au portant. Dans le noir de la nuit, si l’on n’entendait pas le bruit de l’eau sur la coque, on se demanderait presque s’il avance !

0h00 UTC. Depuis notre départ du Cap Vert nous avons organisé les quarts de nuit en tranches de 3h: je commence de 22h à 1h, la Seconde prend le relai de 1h à 4h (elle aime ce moment en plein milieu de la nuit), et Jean-Louis termine de 4h à 7h (c’est un lève tôt, il aime admirer le lever du soleil). Puis je prends le relais le lendemain matin en embrayant sur le CNED avec les enfants.

9h UTC. Un poisson vient de mordre à la ligne, le bruit caractéristique du moulinet Penn Senator 9.0 retentit… ZZZZZZZzzzzzzzzzzz ! C’est une dorade coryphène. Les dorades ont la particularité de sauter hors de l’eau lorsqu’elles se sentent piégées, alors que les thons luttent sous l’eau en virant de droite à gauche ce qui les rend plus difficiles à remonter. Mais cette dorade saute plus que les autres et rebondit sur les vagues, avec pour conséquence de se détacher à 10m de la jupe d’ESSENTIEL… Pas de poisson au petit déjeuner !

10h UTC. Douche sur le pont pour Eliot et Loïg ! Une seau solidement attaché à la main, je puise l’eau à 27° (eh oui je vous le rappelle nous sommes en plein Atlantique un 3 décembre, lol) et je les arrose copieusement sur le trampoline. Savonnage intensif et rinçage à l’eau de mer, puis dessalage à l’eau douce avec la douchette : c’est la méthode la plus simple pour ne pas gaspiller l’eau douce, approuvée pas Moitessier lui-même ! Les enfants adorent.

10h30 UTC. Les cours du CNED reprennent. Le Seconde est en pleine forme et enseigne l’anglais tel un dompteur avec ses deux lionceaux. Nos moussaillons s’y plient avec bonne volonté, ils sont vraiment mignons.

16h UTC. Le vent a baissé et ESSENTIEL vogue à 6-7nds, la moyenne baisse. Nous décidons de tenter à nouveau le spi. Après avoir rangé la toile bien alignée dans sa chaussette, après avoir assuré le point de drisse, après avoir mis deux ris dans la GV, nous avons envoyé le spi et ESSENTIEL se trouve propulsé à plus de 8nds, un succès ! Les vagues nous poussent, le vent nous pousse, le spi se gonfle, les étraves fendent la mer, le soleil baisse déjà sur l’horizon… un grand moment.

Le mot de La Seconde :

Premiers nuages depuis trois mois et finalement ce n’est pas pour me déplaire, ça change comme quoi on veut toujours ce qu’on n’a pas, c’est ça l’être humain ! Le Cap’tain et Jean-Louis scrutent l’horizon toute la journée mais que peuvent ils bien voir que moi je ne vois pas… il me semble pourtant que le paysage reste inlassablement le même jour après jour, sauf qu’exceptionnellement en cette fin de journée la mer a revêtit une couleur gris anthracite au lieu de ce bleu profond auquel nous nous sommes habitués.

La bonne nouvelle est que je trouve que le temps passe plus vite que je le pensais, la lecture m’occupe une grande partie de la journée ainsi que les moments cinéma, entrecoupée de la préparation des repas pas toujours facile à préparer en nav, surtout à une vitesse moyenne de 9nds, et hop les casseroles glissent sur le gaz vers la gauche, et hop le gaz s’éteint, et hop les verres sautent sur la table, nous avons tous cette drôle de démarche les jambes et bras écartés prêts à nous accrocher ! Comment ce doit être sur un monocoque ?!!

Grand soleil ce matin au réveil, la température a augmenté, il fait 26° et on sent qu’on est sur la longitude des Antilles ! De plus nous avons toujours du vent au portant ce qui est très agréable. Cet après-midi on avance à 8/9nds sous Spi, à nous la Guadeloupe, ça va être la fête à notre arrivée ! Je suis plongée dans les guides pour nous trouver tous les petits coins sympa où pourrons déguster boudins antillais et ti-punch, j’imagine aussi tous les préparatifs et les décorations de Noël et les décorations dans une ambiance de cocotiers, de sable blanc et d’eau turquoise : un peu surnaturel… L’excitation commence à monter au fur et à mesure que nous avançons… Au large à bâbord nous apercevons un monocoque que nous tentons de joindre à la VHF mais sans succès (sans doute éteinte) mais d’après le Cap’tain nous le distancerons assez vite !

Je suis partagée entre aller vite et naviguer à plusieurs mais la question ne se pose pas, on avance vite avec ESSENTIEL. Les pronostiques vont toujours bon train : 12 jours, 13 jours… Si l’on continue à cette belle allure, Maxsea nous annonce une arrivée le 12 ! INCREDIBLE ! A suivre car l’apéro au coucher du soleil nous appelle.

 

2 Déc. 2011 / Transatlantique – Jour 2

Position à 16h30 UTC: 16°42N 31°27.5W

Nombre de milles parcourus depuis le départ: 390

18h UTC. Deuxième jour poussé par des vents de 18-25nds, ESSENTIEL avance à une vitesse constante de plus de 9nds. C’est une très bonne moyenne ! L’ennui est que le vent souffle de secteur Nord alors qu’il devrait être Nord-Est. Faisant route plein Ouest, cela signifie que nous avons un vent et des vagues de travers. Bref en résumé nous allons vite, mais c’est un peu sportif.

Un peu de technique : la route la plus courte entre deux points d’une sphère est un arc de cercle appelé « orthodromie ». C’est la distance à vol d’oiseau (as the crow flies en anglais). En traçant un waypoint direct du Cap Vert vers la Guadeloupe, on obtient une route en arc de cercle obliquant légèrement Nord sur sa première partie.

Pour l’instant notre route à nous oblique plutôt vers le Sud, afin d’avoir un vent légèrement au portant, donc plus confortable pour l’équipage.

20h UTC. Toute la journée nous n’avons vu personne. Aucun bout de voile à l’horizon, rien à l’AIS, aucun point sur le radar… nada ! Et puis vers 20h nous avons aperçu un petit point blanc droit devant sur l’horizon. Il y a âme qui vive ! Avec des pointes à 12nds, ESSENTIEL au galop rattrape ce point qui passera au rouge (nous le passons sur bâbord) à exactement 23h sans savoir si c’était un monocoque ou un catamaran, il faisait trop noir.

Côté pèche, nous avons eu une belle dorade coryphène de 85cm qui a dans nos assiettes le soir même pour la plus grande joie de tous. Durant la nuit, c’est une pluie de poissons volants qui ont été ramassés sur le pont. Le poisson volant (appelé Exocet) est très apprécié du navigateur au long-cours car il se jette gratuitement dans son assiette. Sa chair blanche se rapproche des sardines, mais l’inconvénient est qu’il faut l’écailler.

9h UTC. Le lendemain matin, tentative d’envoi de spi. Je n’ai jamais été très chanceux avec les spis. Aux Glénans, à chaque fois que nous avons voulu envoyer un spi ça s’est terminé par une mise en cocotier (enroulé autour de l’étai), un départ à l’aulofée (le bateau se couche), un bras lâché et la voile part dans le ciel en cerf-volant… j’appréhende donc. D’autant que mes deux derniers essais sur ESSENTIEL se sont avérés être des échecs car une fois le point d’écoute et le bras s’étaient croisés, et l’autre fois la toile s’est mise en boule dans la chaussette, impossible à envoyer donc.

Que pouvait-il donc nous arriver ce matin alors que Guillaume (GARGALOU) skipper expérimenté avait vérifié mon spi et que Jean-Louis (premier propriétaire d’ESSENTIEL) tout expérimenté était avec moi ? On fixe la drisse, l’écoute et le bras (passé devant l’étai) sont bien frappés, on envoi, la chaussette monte, le spi s’ouvre, et… le point de drisse de la chaussette se décroche ! Le spi s’ouvre en haut et en bas et la chaussette redescend au milieu, l’horreur ! On lâche la drisse immédiatement et heureusement je parviens à récupérer la voile en boule sur l’avant. Le point d’attache de la chaussette avait lâché… On roule le tout et on reverra tout ça plus tard.

12h UTC. ESSENTIEL file à 8nds de moyenne car le vent a baissé. Plus au portant qu’hier soir, la navigation est rendue plus confortable. On en profite pour faire les cours du CNED, les enfants ont eu le droit à deux séances de maths d’affilé ce matin, et ils voulaient même faire la troisième du coup !

15h UTC. Petit rangement du bateau, sieste après déjeuner, on rejette les poissons volants de cette nuit à un oiseau qui passait par là et qui se régale de cette aubaine facilement attrapée, on remet une ligne à l’eau, ESSENTIEL glisse vers l’Ouest.

Le mot de La Seconde :

1h UTC. Je démarre mon quart de nuit. Le vent souffle à 18/20nds et ESSENTIEL file à 9nds. Malheureusement la houle rend la traversée moins confortable que nous l’avions prévue, mais d’ici 24h ça devrait se calmer, foi de Capitaine !

On avance bien mais il reste quand même 1 845 milles (1 mille nautique = 1 852m) à parcourir, donc patience. Pas âme qui vive à l’horizon, la drôle d’impression d’être seuls au monde sur cet océan me donne presque le vertige. Parfois j’ai du mal à réaliser ce que nous sommes en train de vivre : une Tran-sa-tlan-tique. On a beau se dire que des tas de gens le font je suis consciente du côté exceptionnel de cette expérience et même si plus d’une fois dans la journée je me suis demandée quel grain de folie nous a poussé à le faire, je sais que je dois la vivre à fond puisqu’elle ne se représentera pas deux fois dans ma vie…

Le cata qui me parait d’habitude de très bonne taille devient très petit quand on est confiné dessus 24h sur 24. Les 13m70 de long et 7 m de large sont vite parcourus, enfin ‘vite’ est un bien grand mot, vu les conditions de la mer depuis ces dernières 24h car ça secoue !

 

1er Déc. 2011 / Transat – Premier jour

Position 16°51N 28°18W / Nombres de milles parcourus depuis le départ : 204

La traversée d’un Océan… dit comme ça, ça parait tout à fait banal. C’est vrai que d’autres l’ont fait avant nous et dans des conditions bien plus aventureuses ; sans autre repère que les étoiles, en solitaire, sur un radeau, à la rame… notre seul mérite finalement est d’oser le faire.

Le grand départ est toujours chargé d’émotions. Le port de Mindelo (Cap Vert) est le dernier point de chute où se retrouvent tous les voyageurs avant de lever les voiles pour une traversée de plus de quinze jours sans voir personne. Alors l’ambiance y est forcément fantastique. Tous les bateaux rencontrés sur notre route auparavant sont là : amis des mouillages des Baléares, des Canaries, de Dakar, on les a presque tous rencontrés à Mindelo, chacun attendant le moment propice pour partir.

Mais c’est quand le moment propice ? Il y a ceux qui font la fête jusqu’à plus soif, qui profitent à fond des amis retrouvés, des pontons animés, des histoires de mer qui font rêver avant le grand départ. Il y a ceux qui réparent, qui entretiennent, qui se préparent car beaucoup ne sont pas tout à fait prêts. Il y a ceux qui discutent météo pendant des heures, qui discutent stratégie, vent, route. Et puis le vrai moment c’est quand on décide d’aller faire les formalités de sortie. Quand l’avitaillement est fait et que les frigos sont pleins. Il faut y aller.

ESSENTIEL a quitté Mindelo le mercredi 30 novembre. En longeant les pontons, certains nous observaient en se disant « c’est bientôt notre tour ». Et puis nous avons aperçu ZANZIBAR, un catamaran Nautitech, bateau copain avec qui nous nous étions liés d’amitié lorsque nous préparions notre départ de la Grande-Motte. Incroyable ! Ils viennent juste d’arriver et nous partons juste. On stop les moteurs à leur hauteur pour échanger quelques mots avec Isabelle qui a couru sur le ponton en nous voyant passer, Manu la rejoint, on s’échange des « au-revoir » et des « bon vent »… l’émotion est décuplée, les enfants sont déçus de ne pas voir les copains, nous aussi un peu. Peut-être les rencontrera-t-on aux Antilles.

Jean-Louis – le premier propriétaire d’ESSENTIEL – nous accompagne pendant cette traversée jusqu’aux Saintes. Il connait parfaitement le bateau et ses réglages, et avoir un troisième équipier pour traverser est toujours plus confortable pour assurer les quarts de nuit.

Nous avons mis les voiles à 16h30, établi la GV avec un ris par prudence et ouvert le Solent en grand. La descente le long de l’île de Santo Antao fut somptueuse. Vent arrière à plus de 20nds, les voiles en ciseau (GV bâbord et Solent tribord), le soleil dans l’axe de notre route, les côtes sombres et découpées des deux îles semblaient saluer notre départ. L’Atlantique droit devant, et au loin, la Guadeloupe !

Dans ces conditions de vent, prendre la barre était un véritable plaisir. La vitesse sur les surfs, le vent propulsant ESSENTIEL, nous enregistrions des records successifs : 13,8nds pour le capitaine, et 12,7nds pour le moussaillon Loïg à la barre !

Puis sous le vent de l’île de Santa Antao, le vent s’est calmé au point de disparaitre complètement. Moteur donc pendant deux heures avant de retrouver notre Alizé parfaitement établi à 15nds, mais plutôt Nord à notre grande surprise. C’est dans ces conditions, vent de travers et parfois un peu au largue qu’ESSENTIEL filera toute la journée à 9-10nds de moyenne.

Le mot de La Seconde :

Ca y est ! C’est parti, on y est… Le plus dur a été le départ, quitter nos batôcopains de la marina de Mindelo ne fut pas chose facile, nos journées et soirées étaient bien remplies, vie de communauté, ESSENTIEL rempli de rires d’enfants, certains même que nous ne connaissions que par le nom de leur bateau : « RÊVE D’ENFANT », « KERVAN », « PETIT PIMENT », « PHILEAS » et bien sûr nos acolytes « GARGALOU ». Parfois il arrivait même que nous ne retrouvions plus Eliot et Loïg, obligés le soir de parcourir tous les pontons pour les retrouver cools chez les uns et les autres.

Mais voilà, j’ai bien essayé de trouver encore une tâche, une réparation de dernière minute afin de grappiller une ou deux journées de plus à Mindelo, mais rien à faire : lorsqu’un départ est programmé, on ne le change pas sauf cas de force majeure, or tout était prêt pour larguer les amarres pour la traversée… Après les « au revoir » à tous, nous avons enfin pris le large à 16h non sans ressentir un petit pincement au cœur, surtout après avoir croisé les « ZANZIBAR » qui eux venait tout juste d’arriver (décidément entre nous ça aura été une histoire de chassés-croisés)…

Premier quart de nuit à 15/20 nœuds de travers, personne à l’horizon, drôle d’impression quand on sait le nombre de voiliers qui partent pour la traversée. On a juste doublé un petit monocoque dans la nuit ! J’avais les yeux rivés sur notre vitesse, 9 à 11 nœuds et ravie de constater que le GPS à ce rythme là nous annonce une arrivée le 11 décembre (mais ne soyons pas trop optimistes, c’est le vent qui décidera pour nous).

La journée du lendemain a bien commencé, petite grasse matinée pour l’équipage de nuit, nous nous sommes tous bien amarinés, même plus malades ! Il fait grand beau, température parfaite à 25°. La vie est douce pour un jeudi 1er décembre, au programme lecture, film, pêche, tarot (à la grande joie de Loïg car on est cinq !) et un peu de CNED si nous prenons du vent au portant cet après-midi ! Au sujet du CNED, merci au bateau « PETIT PIMENT » qui a gentiment proposé de poster nos évaluations en France car la Seconde ne faisant pas la transat est rentrée par avion, un bel exemple de solidarité entre bateaux, et surtout nous sommes certains que les cours arriveront bien en temps et en heure ! Quant aux moussaillons, ils ont installé les deux cannes à pêche dans le but de nous pêcher le dîner de ce soir… Voilà à quoi peut ressembler un premier jour de transat.

 

(2 commentaires)

  1. Des heures de recherche inutile. J’aurais fatalement pu profiter beaucoup plus de ma nuit si j’avais découvert L’Océan Atlantique : traversée en 13j. et 4h. » vogue-essentiel.fr plus tôt.

    1. Désolé de répondre si tardivement, que recherchiez-vous précisément ?

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