Carnet de bord de Béa : Le Retour

Au Cap´tain, aux  » bateaux copains  »
C’est de Lyon sous la pluie depuis près de trois semaines que je me décide à écrire ce petit billet d’humeur car j’ai souvent regretté que nos » bateaux copains »rentrés un an plus tôt ne nous donnent leurs impressions une fois à terre!
Avec trois semaines de recul je comprends mieux pourquoi!!
Je comparerais cette rentrée à une remontée de plongée où je n’aurais pas respecté les paliers de décompression, à cela près( et heureusement)qu’il n’y a pas de risque vital dans mon cas précis de retour à la vie terrestre…
Pas de risque vital, certes, mais risque de  » burn out » total.
Sans vouloir effrayer nos amis marins qui rentrent dans quelques semaines, je me sens le devoir amical de les informer des risques qu’ils prendront s’ils ne respectent pas ces fameux paliers de décompressions!
Vouloir tout et trop faire à l’arrivée vous donnera une impression de vertige, de complet décalage et de n’être plus à votre place ici , vous aurez alors la subite et folle envie de repartir d’où vous venez(c’est à dire partout ailleurs que chez vous et surtout entourés de l’océan)…
Alors si je puis me permettre voici les petits conseils que je pourrais vous donner à vous qui rentrez d’ici peu:
Déménagement tu ne feras pas trop vite: après tout c’est cool d’habiter chez les autres et d’être cocoonés!
Courses dans un hypermarché tu ne feras point dans les 48h de ton arrivée au risque de laisser ton caddie et de te sauver en courant!
Créneau en plein centre ville avec une file de voitures klaxonnant en attente tu éviteras absolument!
TOUS tes copains tu ne verras pas en 36h, cirrhose assurée, avec en prime le risque de te les mettre à dos à force de ne parler que de TOI et de ton merveilleux voyage.
950 km aller retour dans la journée tu éviteras( alors que tu n’as pas conduit depuis deux ans)pour signer ton contrat de travail,petit clin d’œil à ceux qui se reconnaîtront!
Les infos et la météo ( en tous cas si mauvaise!) à la télé tu censureras!
Et PAR DESSUS TOUT les photos de ton blog tu ne regarderas point!
Mais non ce n’est pas si terrible et à vrai dire je dois avouer que j’ai pu constater que rien n’a vraiment changé….à part sans doute ma vision des choses !

Lundi 20 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 17

Position : 43°11N 24°00W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 2712

7h00 – Le vent continue de tourner avec la remontée de l’anticyclone. Après cette nuit au moteur, nous pouvons mettre les voiles et abattre un peu cap à l’O-NO. Entre les Açores et le Portugal le vent sera de secteur Nord au début puis rapidement de Nord-Est dès demain car l’anticyclone remonte assez vite. Il va faudra donc faire un prés serré si l’on veut atteindre le bas du Portugal en route directe.

11h00 – La matinée est passée à faire des réglages fin pour optimiser les voiles. La stratégie est de faire du prés tant que c’est confortable pour gagner le plus possible de route vers l’Ouest ; un investissement sur notre confort pour la fin du voyage à l’approche du Sud du Portugal.

12h00 – Nous sommes des bêtes réglées sur l’horloge de notre estomac. A peine midi et l’activité principale de la journée devient de trouver ce que l’on va pouvoir se faire à manger. Louis ouvre le frigo à la recherche de quelque chose (il n’y a plus de frais depuis longtemps) et nous sommes assaillis par l’odeur des Cabécou du Périgord qui eux aussi commence à prendre vie (après la révolte des camemberts). Ces petits fromages de chèvre sont délicieux, ils finiront dans nos assiettes ce midi avant qu’ils ne s’enfuient tout seuls…

Puisqu’on est dans le culinaire, une petite anecdote sur les pâtés que nous avons à bord. Il faut savoir que dans la composition des boîtes, les ingrédients sont classés par ordre décroissant en quantité et il n’est pas obligatoire d’indiquer le pourcentage des compositions. Ainsi nous avons à bord d’Essentiel de somptueuses terrines de foie de volaille. En nous intéressant d’un peu plus près à ce qu’il y a dedans, nous découvrons « Gorge de porc, foie de volaille 38%, lait, œufs, etc… ». Nos bonnes terrines sont donc en réalité des pâtés de « gorge de porc » plus que des « terrines de foie de volaille » ! On nous prend vraiment pour des cons… Je passe sur le fait que tout ceci est écrit le plus petit possible afin que les plus de cinquante ans ne puisse rien lire du tout. Je soupçonne l’industrie alimentaire de pratiquer la sélection naturelle par l’acuité visuelle !

Bon appétit à tous !

13h45 – Erratum, comme nous avons du prolonger un peu notre route vers le Nord (c’est le vent qui décide !), la latitude la plus haute de notre voyage vient d’être atteinte : 43°17.02’N. Maintenant nous faisons route plein Est.

16h15 – Le vent a monté, j’enroule le code zéro, du coup notre vitesse passe de 11nds à 9nds. Qui veut aller loin ménage ça monture.

18h30 – Le vent est de Nord, force 4-5. Nous mettons deux ris dans la GV pour passer une nuit tranquille. Louis et Henri vont au pied du mât et maitrisent parfaitement la manœuvre maintenant. Malgré la surface de toile réduite Essentiel continue de galoper à 8.5nds, incroyable.

19h00 La température a baissé, il fait 18° dans le carré. Nous prenons l’apéro pour nous réchauffer !

Dimanche 19 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 16

Position : 43°02N 27°37W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 2553

5h00 – Le 30e méridien est franchi, j’avance la montre du bateau d’une heure. Plus que trois heures nous séparent de la France.

7h00 – Ce matin il fait froid (pauvres de nous en mal des tropiques, 18° c’est froid !), le temps est totalement couvert et le vent est tombé. Donc pulls, café et moteur !

7h30 – Les lignes sont mises à l’eau à la recherche d’un poisson déprimé qui voudrait bien tâter du caoutchouc rose en désespoir de cause.

Au programme ce matin : grand nettoyage.

8h00 – Rangement des placards de la cuisine. Des dizaines de sachets de thé, tisanes minceurs et autres mélanges d’herbes « bien-être », « ventre plat » et « nuit douce » sont jetés à l’eau car ils sont périmés. Les poissons vont-ils être attirés par ce brouet d’infusions ?

9h00 – Nettoyage et rangement des frigos. Nous avions acheté six camemberts bien faits avant de partir et ils nous ont embaumé le frigo du bas, jusqu’à que ma cabine. Nous nous sommes finalement résignés à jeter les trois derniers à la mer. Trois dauphins sont morts !

10h00 – Nettoyage et séchage des douches. Un bon coup de frais ça fait du bien lorsqu’on peut ouvrir les hublots sans risquer de remplir les cales avec un mètre cube d’eau (c’est du vécu !)

11h00 – Nettoyage du carré. Nous nous armons d’éponges, de pelles et de balayettes, sans oublier le Sopalin « l’ami du marin ».

13h00 – Déjeuner

14h00 – Pas de message, pas de sms. Notre boite email Skyfile est aussi plate que la mer sur laquelle nous avançons. Ca sent le dimanche de pentecôte pluvieux et les repas en famille au coin du feu.

15h00 – Enfin, des dauphins viennent jouer avec les étraves d’Essentiel. Nous nous précipitons à l’avant armés de nos appareils photo, c’est spectaculaire ! Les mammifères plongent et jouent sous nos yeux avec puissance et agilité. Ils nous jettent un coup d’œil malicieux avec l’air d’un petit sourire en coin avant de repartir dans les profondeurs.

16h00 – Nous recevons un appel à la VHF d’un voilier à 6NM en face de nous. Parsifal III (c’est son nom) a quitté St Martin quatre jours avant nous et nous allons le croiser à moins de 2NM ! Il fait route vers Cadix (comme nous !). Parsifal III est un magnifique ketch anglais de 59 mètres. Sa route nous étonne car il a remonte tout droit vers le Nord et nous faisons route vers l’Est. A chacun sa stratégie, on verra bien qui arrivera le premier. L’anticyclone remontant demain vers le Nord, nous pensons qu’il vaut mieux se désencalminer en filant vers le 90°.

16h45 – Nous passons la longitude de Horta (Açores) : 28°31’W. Petite pensée pour nos amis Cajou qui se reposent actuellement là-bas.

 

Samedi 18 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 15

Position : 43°04N 30°36W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 2421

0h00 – Nous sommes à la latitude du Cap Finistère (Nord du Portugal) et maintenant nous faisons route plein Est.

9h00 – Notre vitesse fond (SOG) est constante à 9-10nds sur une mer plutôt calme depuis maintenant plus de 24h. Nous sommes presque hypnotisés par le galop d’Essentiel sur l’eau.

Les fines étraves tranchent la mer en laissant jaillir sur les côtés de fines gerbes d’eau. Elles sont lavées par le flot continu, et fendent les vagues qui éclatent contre les parois accompagnées par de petites explosions qui pétillent contre les coques. Parfois le bouillonnement des vagues léchées par la nacelle fait vibrer le carré… Le mouvement du bateau rappelle celui d’un TGV lancé à pleine vitesse. Le bruissement de l’eau qui coure contre la coque et le sifflement de l’air nous vident l’esprit. Toutes ces sensations nous bercent lorsqu’il est temps de rejoindre nos couchettes.

Dans le sillage Essentiel laisse d’éphémères empreintes ; les bouillons d’écume se perdent vite dans cette vaste mer. Nous sommes passés par là mais nous ne laissons aucune trace, c’est la prérogative de l’océan, il n’appartient à personne. Contrairement à la terre que l’on peut s’approprier et cloisonner, la mer est une immensité de liberté qui refuse de se laisser marquer. Ici plus vite qu’ailleurs la nature reprend ses droits. Nous sommes passés par là, mais l’océan ne s’en souvient pas.

11h00 – Nous franchissons le 33e méridien à 12,5nds avec un ris dans la GV et le Solent un peu réduit.

14h15 – La latitude la plus haute de notre voyage est atteinte : 43°09’N, maintenant nous infléchissons légèrement notre route vers le Sud-Est.

Voici les points cardinaux de notre voyage :

– Nord, le  20 mai 2013 : 43°17.02’N 32°14’W (Atlantique Nord)

– Sud, le 9 mars 2012 : 11°59’N 61°45’W (Grenade)

– Est, le 10 sept. 2011 : 43°33’N 4°05’E (Départ de la Grande-Motte)

– Ouest, le 31 jan. 2013 : 21°35’N 81°35’W (Cayo Largo, Cuba)

18h30 – L’odeur des petits toasts grillés nous aiguise l’appétit : Louis nous prépare l’apéro.

19h00 – Dommage le vent baisse, nous faisons maintenant du 7nds, on a l’impression d’être à l’arrêt !

 

Vendredi 17 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 14

Position : 43°03N 34°56W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 2231

4h05 – Record de distance battu ! Treize jours et quatre heures, c’est le temps que nous avions mis pour rejoindre le Cap Vert à la Guadeloupe en décembre 2011 lors de notre transat aller (2110NM).

7h00 – « La longue route » c’est le titre du bouquin  de Moitessier, et bien plus modestement ce sera le titre de notre voyage transatlantique car nous avons décidé de ne pas nous arrêter aux Açores et de poursuivre tout droit vers le Sud du Portugal. Descendre aux Açores obligerait à traverser l’anticyclone au moteur sur trois jours. Or en ce moment les conditions météo sont favorables car nous surfons sur le Nord de l’anticyclone qui devrait nous envoyer avec des vents portants jusqu’en direction de Lisbonne.

Ensuite nous descendrons la côte jusqu’à « la tacita de plata » (la tasse d’argent), c’est ainsi que l’on appelle Cadix car parait-il cette ville brille comme une tasse d’argent. Poétique non ? En tout cas Louis rêve d’une bonne « parillada », un assortiment de poissons grillés et de coquillages et je l’accompagnerai bien volontiers ! Mais il nous reste encore dix jours de navigation à déguster les bonne boites de pâtes cuisinées et autres chili con carne de notre chef cuistot Henri (…)

8h45 – Nous venons de passer au dessus de la latitude 42°21.60’N. C’était le point le plus au Nord que nous avions atteint avec la Seconde et les moussaillons à l’époque où nous arrivions à Boston.

12h00 – La mer n’est pas belle, elle manque de couleur, de reflets, elle est grise et semble froide, les vagues sont courtes et désordonnées, il n’y a rien à voir. Comme dit Louis : c’est une mer de cargo ! C’est sans doute du à l’épais plafond de nuages gris.

14h30 – Nous mettons en panne une nouvelle fois pour purger le vérin qui fait des siennes. Un grand merci à « Michael Giver » du voilier Cajou, je l’ai contacté ce matin par Iridium et il est incroyable ; il m’a donné la marche à suivre dans le détail jusqu’à la taille des clés à utiliser… alors qu’il n’a pas de vérin à bord de Cajou !!

Maintenant le vérin fonctionne normalement. Pour rattraper le temps perdu nous mettons le code zéro car le vent commence à virer Sud – Sud-Ouest et nous naviguerons bientôt aux allures portantes.

17h00 – Quelques infos concernant notre route : nous faisons route au nord-est jusqu’au dimanche 19, passage de l’anticyclone entre le 19 et le 20, descente vers le sud du Portugal de 1000NM, arrivée prévue à Cadiz le dimanche 26 mai.

 

Jeudi 16 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 13

Position : 42°02N 38°35W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 2057

7h00 – Le calme de cette nuit a laissé place à un bon 12-15nds qui nous emmène toujours plus vers le Nord-Est… jusqu’où allons-nous monter ? Plus nous montons, plus nous nous éloignons des Açores et dans ce cas nous envisageons de filer directement vers le Sud du Portugal. Un seul petit problème, l’avitaillement n’a pas été prévu en conséquence… (J’aime faire trembler ma mère qui lit ce blog régulièrement)

8h30 – Une dernière météo nous confirme ce que nous disait Dorian – notre routeur : l’anticyclone sera bien sur les Açores samedi et dimanche prochains. Bravo Dorian ! Nous devrions donc pouvoir passer dans son Nord alors qu’il redescend. Cela nous éviterait de la route au moteur (bonne nouvelle) et cela nous permettra de cesser de monter et faire route directe vers l’Est. Dans deux jours nous pourrions même infléchir notre route vers le Sud.

Conséquence de tout cela, puisque nous sommes bien Nord, nous nous posons sérieusement la question de savoir si nous faisons route directe vers le Sud du Portugal pour atteindre Cadix (10 jours de navigation), ou bien si nous descendons vers Horta aux Açores (4 jours de navigation vers le Sud).

Dans le premier cas nous ferions une belle parabole de 3600 milles nautiques, dans la seconde option nous ferions une pose agréable à Horta mais un détour de trois jours par rapport à notre route actuelle.

11h00 – Le vent adonne, il s’est décalé vers le Sud.

12h00 – Au repas de ce midi : tagliatelle à la sauce Roquefort cuisinées par le Cap’tain (avec une pointe de noix de muscade, c’est le secret). Louis et Henri en reprennent, ils adorent.

13h30 – Nous venons de passer le 40e méridien, nous avançons nos montres d’une heure. Plus que quatre heures nous séparent de la France !

18h30 – Notre vérin tribord nous cause à nouveau des soucis. Il est resté bloqué en butée et a fait sauter notre pilote ! J’ai shunté le vérin et notre pilote fonctionne à nouveau, Essentiel est bien équilibré et tient sa route sur un seul safran, sans forcer. Heureusement. J’ai lancé quelques emails d’assistance technique, à suivre demain.

 

Mercredi 15 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 12

Position : 41°26N 41°49W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1908

7h00 – Roller coaster ! Nous faisons du près pour récupérer au maximum vers l’Est et le moins que l’on puisse dire c’est que ça rebondit ! Il y a des petits tests à bord qui indiquent le niveau de confort en navigation, nous en sommes au degré 5 sur l’échelle d’Essentiel qui en compte 7 :

Degré 1 : possible de rester plus de 10sec sur une jambe debout dans le cockpit (inutile mais les enfants adorent ce jeu)

Degré 2 : possible de rester plus de 30sec sur deux jambes debout sans rien toucher

Degré 3 : possible de passer du cockpit au carré sans avoir l’air de tituber

Degré 4 : on s’accroche partout, mais la stabilité du catamaran permet encore de laisser sa tasse pleine de café sur la table du carré

Degré 5 : la table du cockpit bondit sous les coups de bélier provenant des vagues sous la nacelle, plus de café le matin, on passe aux cornflakes sans lait

Degré 6 : l’épreuve de la douche, debout nu la savonnette à la main, il faut se savonner en faisant des bonds de 2m

Degré 7 : Il n’y a plus de volontaires pour aller au pied du mât prendre un ris !

 

12h00 – Le vent a baissé et la mer s’est calmée. Il a tendance à adonner (le vent tourne du bon côté) et nous faisons un près serré pour tenter de nous rapprocher de l’Est.

14h00 – Mes deux chefs-cuistots Louis et Henri se sont surpassés ce midi, au menu :  entrée de  coeurs de palmiers , suivi d’une omelette aux champignons de Paris servie avec des haricots verts au beurre bien persillés. Un régal !

17h45 – On aperçoit un voilier à bâbord, il est environ à 8NM mais impossible de le contacter à la VHF. Nous faisons vraisemblablement la même route que lui, nous ne sommes plus seuls au monde ! Dommage que nous ne puissions échanger des informations météo à la VHF.

18h25 – Le vent a baissé et nous appuyons au moteur pour faire une route plein Est.

 

Mardi 14 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 11

Position : 40°35N 44°35W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1770

8h00 – La nuit a été agitée. Nous faisons du prés pour remonter le plus possible au 70° mais une houle très serrée (5 sec) nous secoue pas mal. Heureusement elle n’est pas forte.

10h30 – On pourrait appeler ce voyage « A la poursuite de l’anticyclone ». La dernière météo prise nous montre un anticyclone qui joue avec nos nerfs… Il se rapproche de nous, puis avant qu’on l’atteigne il se replie vers le Nord nous obligeant ainsi à le suivre et à remonter encore un peu plus. Enfin il est prévu qu’il redescende vers le Sud-Est, nous accompagnant alors avec des vents ingérables… Que faire ? Deux ou trois jours de moteur contre le vent vers l’Est, ou poursuivre vers le Sud du Portugal sans s’arrêter aux Açores ?

12h00 – Le vent est monté (Force 6 SSE), et les vagues aussi. Nous prenons un deuxième ris dans la GV pour assurer un peu de confort pendant le repas.

13h00 – Message de Météo France : pas de vagues ni pluie. Pour la pluie on est d’accord. Pour les vagues, il va falloir que je les emmène à bord d’Essentiel qui file à 9nds et rebondit dans des creux de 1,5m. C’est vrai que ce n’est pas très haut, mais ça secoue !

17h00 – Message de Cajou qui a opté pour une route Sud et qui maintenant remonte à Florès péniblement contre le vent. Les conditions de traversée sont difficiles et l’équipage a perdu 5kg mais le moral est bon ! A un jour de l’atterrissage il ne leur reste plus que 70l. de carburant.

Message d’Oceanix qui après avoir du faire demi tour pour cause de panne de pilote, devrait repartir de St Martin jeudi pour les Açores. Ils cherchent un équipier.

Message de Penn Gwen, Chris est rentrée en France avec les moussaillons, Stéphane se prépare à partir vendredi pour les Açores avec ses deux coéquipiers.

20h30 – Essentiel glisse dans la nuit laissant derrière deux trainées phosphorescentes, le plancton s’illumine dans le sillage… Plus de 1700 milles nautiques parcourus jusqu’à présent !

 

Lundi 13 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 10

Position : 39°16N 47°45W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1602

2h00 – Nous venons de passer le 50° méridien ouest, nous avançons donc nos montres d’une heure. Nous nous rapprochons de la France (plus que 5h de décalage !). A chaque dizaine de méridien (50°, 40°, 30°…) nous ajouterons une heure à nos montres pour nous caler sur l’heure locale une fois arrivés en France.

7h30 – Nous avons pris une route plein Est ce matin car les vents à l’Ouest forcissent et il semblerait que l’anticyclone se déplace sur les Açores en fin de semaine. Nous faisons donc un prés serré et Essentiel rebondit à 10-11nds sur une mer qui se lève, c’est la lessiveuse !

Ce matin je m’aperçois que j’ai oublié de refermer le hublot de la salle de bains bâbord, résultat quelques seaux d’eau à éponger dans les fonds de cale (à genoux dans la lessiveuse, c’est du sport !) et les serviettes de bain sont trempées…

11h00 – Le vent se calme et la mer aussi. Le baro monte à 1033hPa, nous nous approchons du centre de l’anticyclone.

14h00 – Un bon repas préparé par Henri, une bonne sieste, la mer est bonne, le bateau avance tout seul, c’est typiquement une journée « RAS ».

19h00 – Un évènement : j’explique à Louis – ingénieur de formation – le fonctionnement et l’utilisation d’un ustensile de haute technologie à bord d’Essentiel…  la bouteille vaporisateur d’huile d’olive ! Effectivement, un tel appareil est très sophistiqué et son utilisation n’est pas à la portée de tous ; le spray utilisé à l’horizontal ne peut fonctionner. Loi de la gravité, technique d’aspiration, dynamique d’un liquide, densité de l’huile… je lui refais le topo et il rit de bon coeur !

Il faut bien s’occuper quand ça avance tout seul.

 

Dimanche 12 mai 2013 – Transatlantique retour, jour 9

Position : 38°20N 51°20W

Nombre de milles parcourus depuis le départ : 1424

8h00 – Nous avons lofé de quelques degrés : nous faisons route maintenant à 55° afin de nous rapprocher de l’anticyclone qui aux dernières nouvelles vient vers nous. Apparemment il n’a pas l’intention d’infléchir sa route vers le Sud donc nous allons le croiser inévitablement, ce qui signifie deux ou trois jours de moteur.

Pour le moment nous sommes au bon plein et nous filons à 8-9nds sous Solent et 1 ris GV. La mer est mer, c’est magnifique. Je retirerai le ris un peu plus tard.

10h00 – Le baromètre affiche 1030 hPa

10h30 – Ca y est, nous apercevons les premiers dauphins aperçus à l’arrière d’Essentiel (enfin !). Henri bondit de son siège et jette son missel, Louis sort de sa douche encore mouillé avec son beau caleçon aux couleurs du drapeau américain, et je mets les cannes à pèche car qui dit dauphins dit poissons.

12h00 – C’est dimanche, donc pour fêter ce repas dominical nous faisons cuire deux baguettes au four qui accompagneront un modeste plateau de fromage composé d’un camembert et de trois petits Cabecou du Périgord. Mais avant tout pour nous réchauffer, une bonne soupe au Pistou bien chaude, des trucs qui ressemblent à des légumes flottent dedans mais c’est bon.

13h30 – Je remonte les cannes à pêche car nous allons trop vite. A 9nds nous dépassons des centaines de thons et dorades qui tentent de nous suivre essoufflés, nous suppliant de leur laisser nos beaux leurres fluorescents…

19h00 – Nous regardons notre route, nous réfléchissons, nous calculons, nous projetons… une chose est sure nous allons droit dedans. C’est incroyable cet anticyclone qui continuer de monter et de forcer (jusqu’à 1039 hPa). A force de monter nous sommes plus près des Terre Neuve (570NM) que des Açores (1180NM) !

24h00 – Essentiel file à 9nds dans la nuit sans lune, la mer s’est un peu levée.

 

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