Notre approche de Cuba. Marina de Santiago de Cuba

Le passage de Winward (20°N 73°50’W) est ce passage que l’on empreinte entre Haïti et Cuba pour descendre vers le sud de ces deux pays. Large de 45 miles nautiques, il est souvent soumis à de forts coups de vent d’Est qui s’engouffrent entre les deux pointes côtières des deux pays, pour rapidement s’effacer comme par miracle le long de la côte Sud cubaine. Nous avons passé le Winward du Nord au Sud lors d’une fenêtre météo permettant la navigation en douceur, portés par la houle de Nord-Est et un léger vent de 10 nœuds. Quatre heures après notre passage était annoncé un coup de vent de plus de 30 nœuds, avec des vagues en conséquence…

Notre première vision de la côte de Cuba s’est donc faite par très beau temps. Sous un ciel bleu azur sans trace d’un nuage, nous avons longé la côte au large avec une indicible appréhension. Cuba n’est pas ce pays libre où l’on peut atterrir par tout en toute quiétude et faire les formalités d’entrée le plus simplement du monde (ceci dit aux Etats-Unis non plus !). La côte cubaine est imposante et sombre. Nous longeons de longues montagnes aux falaises stratifiées recouvertes d’une intense végétation. L’accès semble austère et inaccessible. Toutefois en longeant la côte nous sommes accueillis par… des papillons ! Ils sont quelques uns à venir nous voir au large, c’est bien la première fois depuis notre voyage.

Les 90 miles nautiques que nous parcourons vers l’Ouest afin de rejoindre Santiago de Cuba se font plein vent arrière, un vrai bonheur lorsqu’on connait la stabilité des catamaran sous cette amure. Un courant de 1 nœud nous est même favorable. La grand’voile d’un bord et le Solent de l’autre, ces voiles disposées ‘en ciseaux’ nous propulsent allègrement alors que le vent souffle tout de même à plus de 20 nœuds. Avant la tombée de la nuit je décide de prendre un ris dans la GV, et puis non deux finalement, nous serons plus tranquilles. Sage décision car le vent forci et ne descend plus en dessous de 25 nœuds. Le Solent pleinement ouvert nous filons avec des pointes enregistrées à plus de 12 nœuds ! Essentiel glisse dans un incroyable confort qui nous fait appréhender le chemin du retour qui lui sera bien plus difficile… Demain est un autre jour.

Sur la route de Santiago de Cuba il y a la baie de Guantanamo, plus célèbre par sa base américaine et son centre de détention que par son port Cubain. Passé dans la nuit nous détournons la zone prudemment par plus de 6 miles nautiques au cas où… Je ne souhaite pas être interpelé en pleine nuit par des gardes côtes américains le doigt sur la gâchette nous demandant de dégager plus au large… Enclavés dans un monde communiste et empêtrés par les scandales de leurs méthodes de détentions, ils sont sans doute sur les dents !

Arrivée le lendemain matin à Santiago de Cuba. L’entrée est assez houleuse mais tout se calme vite une fois dans la baie. Les premiers villages montrent les couleurs d’une réelle pauvreté, de nombreuses maisons ont eu leurs toitures arrachées suite au passage de l’ouragan Sandy (celui qui est allé nous chatouiller les haubans quelques jours plus tard à Deltaville). De nombreux feux éparses sont allumés pour bruler l’abondante végétation qui elle aussi a été arrachée. Les odeurs de brulé sont omniprésentes, avec en toile de fond les deux imposantes cheminées de l’usine de ciment qui crachent une épaisse fumée… heureusement le vent d’Est nous épargne les retombées de suie.

La marina est facilement accessible (19°59’N 75°52.4W) et un peu délabrée mais les gens sont très accueillants. Au bout de deux pontons en béton brut, nous trouvons de petits bureaux et de nombreux fonctionnaires, des « officiels » disposés à vous enregistrer, répertorier, contrôler, le tout dans une joyeuse ambiance désuète de papier carbone et de timbres à coller à l’ancienne. Les services de la marina ? De l’eau (pas tout le temps), de l’électricité en 110 et 220V, les commodités ont été refaites, et un bar plutôt agréable. Il y a même un « shipchandler »… mais ici pas de manilles ni Sikaflex (les voileux me comprendront), mais des canettes de cola cubain, du rhum et quelques biscuits secs.

 

 

 

 

 

NB : Le port de Santiago de Cuba traine la mauvaise réputation d’avoir des eaux souillées par le gasoil. Nous n’avons pas rencontré ce problème. Quant aux deux cheminées de l’usine à ciment, elle crachent une fumée constante qui s’évacue dans le sens du vent, c’est-à-dire vers l’Ouest. La marina se trouve au Sud de l’usine.

 

 

 

 

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