L’Atlantique à la latitude du Sahara occidental

Lundi 10 octobre, lors de notre traversée directe en direction de Dakar, nous avons vécu une journée tout à fait particulière.
Tout d’abord, après trois jours d’intense navigation par des vents soufflant à force 7, puis force 8 (un BMS ‘bulletin de météo spécial’ est annoncé à partir de force 6), le temps s’est enfin calmé. Une impression de lourdeur pesait sur la mer qui avait fini par calmer sa forte foule, nous accompagnant plus régulièrement en poussant Essentiel par l’arrière. Il faisait chaud, le soleil était blanc et de la mer se dégageait une odeur poissonneuse. L’ambiance était lourde et presque poisseuse. La côte du Sahara occidental n’était pas loin.
Alors que les enfants étaient attablés à leurs exercices du CNED, j’allais accomplir le petit soulagement du marin, planté sur le pont seul face à l’océan, lorsque soudain, juste en face d’Essentiel : trois cachalots ! Les imposants mammifères marins nageaient nonchalamment semblant ignorer les étraves qui se reprochaient. En criant aux enfants de venir au plus vite, je me précipite pour choquer le Solent afin de couper l’erre [la vitesse] du bateau et remonter en vitesse la dérive bâbord. Hallucinant : Essentiel glisse doucement sa coque le long des trois monstres marins qui relèvent la tête en projetant de fin geysers d’eau, découvrant un œil curieux dans notre direction.
Cette rencontre furtive semblait surréaliste, surtout dans cette ambiance plombée. Une odeur perceptible se dégageait des cétacés, une odeur forte de poisson mal lavé. Ça sentait tout ce que la mer peut porter en son sein, ce qu’elle produit, ce qu’elle fait vivre et ce qu’elle rejette.
Les trois cachalots ont poursuivit leur route, glissant les uns contre les autres, ondulant avec plaisir leur masse sombre à la surface de l’eau. J’ai rétabli les voiles, et Essentiel a poursuivi sa route.
Un peu plus tard dans la journée, nous avons trouvé un minuscule poisson volant (le premier pour les enfants), un bébé de deux centimètres qui s’était échoué sur le pont. Cours de SVT pour les enfants : qu’est-ce que cette étrange création de la nature, pourquoi un poisson peut-il voler, pourquoi cherche-t-il à voler ? Puis surprise, nous en trouvons un autre coincé au niveau des filières. Un grand cette fois-ci : plus de vingt centimètres pour ce beau spécimen, qui dévoile deux nageoires impressionnantes, conformes aux ailes d’un oiseau qui lui permettent de planer a la surface de l’eau. Et comble de la satisfaction pour les enfants, nous en verrons plein d’autres plus tard survoler l’eau sur une bonne centaine de mètres avant de replonger comme de petites torpilles dans les vagues. Poisson vole, Essentiel vogue…
Le thermomètre indique une température de l’eau à 31°… Presque irréel pour l’Atlantique. En tout cas l’eau est chaude. L’air est chaud. Il n’y a pas de vent et nous avançons au moteur maintenant. Un comble lorsque la veille nous enregistrions des pointes à plus de 15nds !.. Je scrute l’horizon, pas le moindre dauphin depuis notre départ de Lanzarote. J’observe la surface, l’eau a une teinte presque sableuse, il y a quelques méduses, et…. un requin !!! Je crie assez fort pour que toute la famille constate effarée l’aileron qui passe à quelques mètres de l’arrière d’Essentiel. Un bel aileron noir, zigzaguant doucement à la surface, ne laissant rien apparaitre de son propriétaire que l’on imagine assez grand pour nous dissuader d’aller nous tremper à l’arrière des jupes du bateau comme à l’accoutumée lorsqu’il fait chaud et qu’il y a pétole…
Des cachalots, des poissons volants, un requin… Que manque-t-il au tableau de cette journée bien remplie ? Une magnifique dorade coryphène ! Celle-ci a décidé de s’attaquer au plus beau des trois leurres que nous trainions depuis un moment. Elle est magnifique, d’un jaune d’or éclatant. Je demande à Eliot de prendre quelques photos lorsque je la remonte sur la jupe arrière, et erreur fatale, lors de la pause le magnifique poisson d’or se détache de l’hameçon dans un dernier sursaut salvateur, et replonge dans le ventre de l’Atlantique (à défaut du notre)… On ne verra pas passer sa robe du jaune au vert lorsqu’il est sorti de l’eau, puis du vert au bleu lorsqu’il meurt.
Quelle journée, il ne manquait que les dauphins ce jour là.

(6 commentaires)

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  1. Wahouuuuuu! Que de rencontres!
    Bonne plongée avec les cachalots et bon vol avec les poissons volants….
    A bientôt!

    • soso! on 15 octobre 2011 at 11:34
    • Répondre

    on dirait un roman! c’est vachement(ou plutôt cachaloment)bien écrit!!
    ça doit moins plomber la journée que le temps lourd!

    gros bisous
    soso

    P.S:vous avez pris des photos?

    • soso! on 15 octobre 2011 at 11:41
    • Répondre

    journée vachement riche!
    c’est comme même mieux que deux ou trois malheureux dauphins(c’est superbe,mais il y en a souvent!),sans vouloir faire la blasée.

    trop de chance!
    bises aux quatre
    soso!

    • sarine on 20 octobre 2011 at 12:53
    • Répondre

    Cette aventure est passionnante, on se croirait effectivement dans un beau roman , et j’ai hâte de lire la suite de ce beau périple. Gros bisous++++++++++ à tous les quatre

    1. Salut Mamie,
      Ne t’inquiètes pas, nous écrivons le plus possible sur le blog pour
      que tu puisses le lire ton conte. Ici il fait très chaud, et je transpire comme si je me baignais.
      Mais ça vaut le coup. C’est hyper sympa à Dakar. Les Sénégalais sont super sympa.
      Tout ce passe très bien mise à part que tu me manque beaucoup.
      Je te fais de très gros bisous.
      Loïg 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂

  2. Extraordinaire de pouvoir vivre ça, et quelle chance pour nous de pouvoir le lire…
    plein de bises à vous 4…
    lu

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