Carnet de Bord de Béa : Carénage en famille

Carénage en famille

L’entretien des « parties vives » d’un bateau est essentiel et il faut dire que notre passage dans la baie de Hann à Dakar en octobre a mis la coque à rude épreuve… Nous voila donc en quête d’un endroit où mettre notre catamaran hors de l’eau pour lui faire une belle toilette!
Deux possibilités : Saint Martin où les prix sont attractifs car en dollars mais tout est facturé à la journée (attention au retard pris au cas de mauvais temps…), ou Pointe-à-Pitre où la sortie d’eau se fait simplement par une mise à sec sur dock flottant, forfait pour trois jours. Décision est prise de sortir Essentiel à Pointe à Pitre car le dock est immédiatement disponible.
Le dock c’est un gros cube flottant au fond duquel le bateau repose sur cales. On vit donc en hauteur pendant la durée du chantier. Pour des raisons budgétaires l’option hôtel et farniente pendant la réalisation des travaux de carénage est vite abandonnée, j’ai une petite pensée pour la Seconde de Gargalou qui a pu profiter de quelques jours au Club Med pendant les travaux. L’aventure se vivra à bord et les garçons s’attellent à la pose de l’antifouling à leur grande joie car ils sont très motivés à l’idée de « badigeonner » Essentiel.
Le bateau est rapidement mis à sec et le responsable du chantier me fait visiter les « commodités », toilettes à la turc et douches de chantier (!!!), arghh… Heureusement je n’aperçois pas de cafards courir sur les murs…
Une journée de Karcher et Essentiel lisse et propre comme un sou neuf nous présente ses belles coques prêtes à être peintes. En fait il n’était pas si sale !
Après une nuit chaude et attaqués par les moustiques, sans parler des réveils nocturnes où aller aux toilettes en escaladant l’escabeau relève du parcours du combattant, les garçons sont fin prêts à appliquer la première couche d’antifouling. Ils se disputent les pinceaux mais je leur laisse bien volontiers le mien, comme je ne leur suis d’aucune utilité (tant que la faim ne les tenaille pas), je m’enfuie rapidement en annexe car sait on jamais, ils pourraient changer d’avis.
Je me rends à la marina pour boire mon petit café et comme à l’accoutumée consulter les mails des copines, télécharger les derniers « Monde » (merci à Lu qui nous permet de rester connectés quasi quotidiennement aux infos, riches en cette période d’élection) dans lesquels en vrac j’apprends qu’en métropole en fait de printemps c’est un froid hivernal, que le chômage progresse, que la crise se durcit, que Marine Le Pen se pavane de son score au premier tour… finalement qu’est ce que je suis bien ici sous mon petit parasol face aux bateaux à siroter un véritable espresso !
Ma seule mission ce matin est de ramener une bonne baguette fraiche aux travailleurs (je dois être de retour à midi pétante, ne pas être en retard car le travail ça creuse) et de préparer un petit fristi, dixit le Cap’tain qui aurait aimé manger un bœuf !
A mon retour, après quelques minutes à batailler avec le cadenas de l’annexe qui est rouillé, m’acharner à démarrer le moteur en tirant sur la corde, tirer le bout qui est emmêlé sur le ponton, je retrouve Essentiel. A mon grand damne les garçons sont parés d’antifouling noir profond… Eliot a tout bonnement mis le pied (avec les orteils et les ongles !) dans le bac, et l’antifouling c’est fait pour tenir longtemps et résister à l’érosion. Je vous laisse imaginer le temps passé à frotter cette peinture noire collante, mais pas question de se plaindre ! Vu mon état d’énervement, Eliot supporte bravement l’épreuve de l’éponge grattante et se retrouve le pied rouge mais propre.
Dans le carré il doit faire plus de quarante degrés, et heureusement il nous reste un gaspacho bien frais que nous dégustons, un vrai bonheur qui nous rappelle à tous le gaspacho que nous prenions ensemble dans le patio, chez nous à Dardilly.
En fin d’après midi nous partons en voiture (option clim, j’avais presque oublié le bonheur) au centre commercial de Pointe-à-Pitre faire quelques achats pour les garçons, devenus urgents, leurs pieds ont pris une pointure en 6 mois et ils ne peuvent plus fermer leurs shorts.

Nous sommes presque perdus dans cet immense parking, cet immense centre commercial, et bien sûr ces immenses queues aux caisses, bref un retour un peu brutal à la société de consommation, mais quel plaisir de nous laisser griser par toute cette abondance, ce choix et ces tentations. Au Décathlon d’à côté nous rhabillons les garçons qui ont pris une taille un peu partout : chaussures, shorts, maillots.
Pour nous récompenser de cette journée et parce qu’on n’a pas hâte de retrouver Essentiel sur cales et sa fournaise, nous nous offrons deux petits verres de chablis bien frais au bar du port et débriefons tranquillement cette journée.
Le lendemain la seconde couche d’antifouling est posée et une superbe ligne d’eau bleu azur souligne les belles coques rutilantes d’Essentiel. Plus qu’une nuit hors d’eau et nous retrouverons la fraicheur d’un bateau sur l’eau.
Un départ est prévu le surlendemain par le pont de la rivière salée qui nous permet d’éviter de contourner toute la cote Ouest de la Guadeloupe (40 nautiques) seul inconvénient ce pont qui coupe la circulation automobile ouvre à 5 heure du matin, mais nous sommes quatre bateaux à patienter dans la nuit et l’ambiance est magique lorsque le ciel s’éclaircit doucement dans la mangrove… Une demi heure plus tard nous sommes au Nord de l’île et faisons une petite pause dans le « Grand Cul de Sac Marin » à l’abri de l’ilet Caret.
Après déjeuner nous mettons les voiles (par force 7 et des vagues de 2m tout de même!) pour le Nord des Antilles avec stop à Saint Barthélemy avant de rejoindre Saint Martin où nous devons faire poser une cuve à eaux noires obligatoire pour naviguer aux US.
Puis nous retrouverons avec joie nos copains les Kervan (ceux que nous avons déjà quitté trois fois en pensant ne jamais les revoir). Ils sont aux BVI, nous passerons quelques jours avec eux avant de fêter la énième soirée « der des der » depuis le Sénégal en novembre !

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